En visionnant The Report, un film dans lequel Adam Driver fait une fois de plus valoir son immense talent, le souvenir de grands films d’enquête comme All the President’s Men et Spotlight remonte inévitablement à notre mémoire. Ce long métrage de Scott Z. Burns est à classer dans la même catégorie.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Reconnu surtout comme scénariste, particulièrement grâce à sa collaboration avec Steven Soderbergh, dont il a signé les scénarios de quatre longs métrages (parmi lesquels Contagion), Scott Z. Burns signe aussi la réalisation de ce film qui, bien que rigoureusement factuel, emprunte les allures d’un véritable thriller politique. Un mot important est d’ailleurs biffé du titre intentionnellement : torture.

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Adam Driver dans The Report, un film de Scott Z. Burns

« The Torture Report » est en effet le titre familier du rapport qu’a rédigé Daniel J. Jones (Adam Driver), mandaté par le Sénat américain pour enquêter sur les méthodes « accrues » d’interrogatoires ayant été utilisées par la CIA au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Tenus dans des territoires situés à l’extérieur des États-Unis, ces interrogatoires avaient pour but de faire parler des individus soupçonnés de terrorisme. Simulacres de noyade, bains de glace, privation de sommeil, musique agressante, bref, ces dérapages, qui vont à l’encontre des règles établies dans un État de droit, sont parfois montrés lors de retours en arrière, au fil d’une enquête qui durera six ans.

Mais au-delà de l’exposition des faits qu’il relate, The Report s’immisce surtout dans le jeu politique s’exerçant au-dessus de la tête de Jones. Pour quiconque s’intéresse à la politique américaine, la démonstration est fascinante.

Les faits se déroulent évidemment à l’époque où George W. Bush était président, mais l’administration de Barack Obama, au pouvoir au moment de la publication du fameux rapport, n’était pas à l’abri du jeu politique non plus.

S’en tenir aux faits

De façon très efficace, sans aucun effet, Scott Z. Burns entraîne le spectateur dans cette histoire sans rien dramatiser. Plutôt que de construire un drame biographique classique en s’intéressant aussi à la vie privée du protagoniste, le cinéaste s’en tient strictement aux faits. Jones plonge tête baissée dans son enquête en compagnie d’une équipe réduite, dans un petit local sans fenêtres, où s’empilent des tonnes de documents. Il croit à la nature non partisane de son travail et ne ménage en rien les efforts pour révéler un jour la vérité, aussi explosive soit-elle.

Le tout est filmé de façon directe, sans esbroufe. The Report fait partie de ces œuvres misant essentiellement sur la qualité des dialogues et la force de son histoire. Annette Bening prête par ailleurs ses traits à la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, qui dirige le comité sénatorial du renseignement, et livre une performance remarquable. Le duo est entouré d’une solide et imposante distribution, de laquelle font notamment partie Michael C. Hall, Sarah Gordon, Jon Hamm, Corey Stoll, Tim Blake Nelson et Ted Levine.

Marquée par de nombreux rebondissements, l’enquête au cœur de The Report indique surtout à quel point la conciliation entre vérité et politique est parfois difficile à établir.

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The Report, un drame de Scott Z. Burns, avec Adam Driver, Annette Bening, Jon Hamm

Notez que cette production d’Amazon Studios, jamais sortie en salle au Québec, est une exclusivité de Prime Video. Elle est offerte sur la plateforme d’Amazon avec une option de langues et de sous-titres.

★★★★

The Report. Un drame de Scott Z. Burns. Avec Adam Driver, Annette Bening, Jon Hamm. 1 h 59.

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