Coup d’œil acerbe sur une journée complète dans la vie d’une jeune assistante, Jane, qui travaille pour une société de production de films aux États-Unis. Un film qui met en lumière les dérives d’un système pourri de l’intérieur.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

La réalisatrice australienne Kitty Green (Casting JonBenet, Ukraine is not a Brothel) frappe fort avec ce film post-#metoo, qui s’en prend directement au climat de travail toxique qui règne dans les maisons de productions de films aux États-Unis. Le film au vitriol lancé au festival de Sundance l’été dernier, à quelques mois du procès Weinstein, sort sur nos écrans à un moment où l’on sent que les langues se délient (enfin) sur le comportement déplacé de ces petits barons du divertissement qui se sont longtemps crus tout permis.

Jane est une simple assistante qui travaille depuis quelques semaines pour une importante société de production de films. C’est elle que l’on suit durant une journée complète, dans ses tâches quotidiennes, qui consistent en gros à préparer les salles de réunion, imprimer des documents, réserver des vols, etc.

Tout le film de Kitty Green repose sur les épaules de Julia Garner, qui joue avec nuance et retenue ce rôle ingrat de l’assistante qui rêve de devenir un jour productrice, mais qui, dans l’intervalle, vit une foule de petites humiliations et déchante petit à petit dans ce milieu sordide qu’elle découvre. Relevant (malgré elle) les multiples abus de ce patron immoral et manipulateur qui gère la boîte — qu’on ne voit d’ailleurs jamais à l’écran, un coup de génie de la réalisatrice.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

The Assistant, de Kitty Green

Résultat : un suspense légèrement anxiogène, avec très peu de dialogues, où l’on sent la chape de plomb qui écrase cette jeune femme prise dans un système, qu’elle doit accepter tel quel… ou quitter. Même si, comme on le lui dit gentiment pour la rassurer : elle n’a pas à s’inquiéter, vu qu’elle n’est pas du tout le genre du patron… Si Kitty Green en beurre parfois épais pour montrer l’isolement de Jane — les deux assistants masculins sont un peu trop désagréables —, elle réussit à montrer avec une certaine maestria la quadrature du cercle dans laquelle les femmes sont trop souvent prises.

★★★½

Thriller psychologique. The Assistant (L’assistante), de Kitty Green, avec Julia Garner, Jon Orsini, Noah Robbins et Matthew Macfadyen. 1 h 27.

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