Dans cette adaptation du roman David Copperfield, de Charles Dickens, Armando Iannucci jette un regard frais sur la jeunesse mouvementée de l’auteur, élevé à l’époque victorienne par une mère seule qui traversera toutes sortes d’épreuves avant de pouvoir enfin sortir la tête de l’eau.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le cinéma est toujours à la recherche de bonnes histoires, et celle de Charles Dickens, racontée au « je » dans David Copperfield – non, pas le magicien de Las Vegas, mais le jeune anglais orphelin de père, élevé par une mère seule à l’époque victorienne, avant d’être projeté dans un monde (parfois cruel) où se multiplient les rebondissements –, est fabuleuse.

On ne compte plus les adaptations – que ce soit sur scène ou à l’écran – de ce roman écrit à la fin du XIXsiècle et centré sur l’enfance mouvementée de son auteur, mais qui jette aussi un regard cru et non complaisant sur les classes sociales de l’Angleterre de l’époque. Le dernier film sur Copperfield a été réalisé par Simon Curtis il y a 20 ans et mettait en vedette un jeune Daniel Radcliffe.

Cette fois, le réalisateur Armando Iannucci (The Death of Staline) a jeté son dévolu sur Dev Patel, acteur britannique d’origine indienne (Slumdog Millionaire, Lion).

C’est sans doute la plus grande surprise de The Personal History of David Copperfield, parce qu’on ne s’attend pas à ce que Copperfield soit un garçon de couleur – d’autant que sa mère est blanche. Un choix audacieux qui soulèvera assurément des critiques – est-ce que l’appropriation culturelle va dans les deux sens ? Mais on ne s’en cachera pas, c’est aussi cette diversité à l’écran qui donne une facture plus moderne à l’histoire.

Armando Iannucci rythme joliment cette saga de jeunesse aux multiples rebondissements, où Copperfield sera forcé de se séparer de sa mère au début de son adolescence lorsqu’elle se remariera avec M. Murdstone, homme cruel qui marquera un tournant dans sa vie.

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Dev Patel, dans une scène du film

Le réalisateur s’attarde au travail du jeune David dans un entrepôt de vin où il nettoie des bouteilles, son entrée en pension – où il sera liera d’amitié avec James Steerforth –, mais surtout à ses multiples rencontres avec les petites gens. Que ce soit avec sa bonne Peggoty, M. Micawber, homme bon, mais criblé de dettes qui le loge un temps, ou sa tante Betsey et son protégé Mr Dick, qui s’occuperont de lui après la mort de sa mère. Il est aussi question de ses relations amoureuses – d’abord avec la femme-enfant Dora, puis avec Agathe.

Au travers des différentes tranches de vie de Copperfield (fort divertissantes), qui le mèneront au métier d’écrivain, Iannucci évite le pathos, mais il édulcore aussi les portions plus sombres de la vie de David. On reste dans les bons sentiments, tout en exploitant à fond l’humour de Dickens, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, mais bon, c’est sûr qu’à force de polir la surface, la résilience du bon David nous paraît moins valeureuse. Et le film, qui a d’indéniables qualités, semble plus convenu.

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The Personal History of David Copperfield, d'Armando Iannucci

★★★1/2

The Personal History of David Copperfield. Comédie dramatique d’Armando Iannucci. Avec Dev Patel, Hugh Laurie, Tilda Swinton, Peter Capaldi, Ben Whishaw. 116 minutes.

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