Le roman classique de Louisa May Alcott, publié il y a 150 ans, a régulièrement fait l’objet d’adaptations au fil des décennies. Au cinéma, la plus récente, très appréciée, remonte à celle qu’a portée à l’écran, il y a maintenant 25 ans (déjà ?), la réalisatrice australienne Gillian Armstrong avec, pour têtes d’affiche, Winona Ryder et Christian Bale. Greta Gerwig s’empare aujourd’hui de cette histoire en lui donnant une saveur résolument contemporaine, tout en restant fidèle à l’esprit du roman.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Forte du succès de Lady Bird, la réalisatrice, qui a aussi signé le scénario de son film, a enfin pu concrétiser son rêve de mettre ce roman classique à son œil et a entraîné deux des vedettes de son long métrage précédent dans l’aventure.

Saoirse Ronan hérite du rôle de Jo, alter ego de l’écrivaine, et Timothée Chalamet, de celui du voisin prétendant Laurie. Emma Watson, Eliza Scanlen et Florence Pugh interprètent les trois sœurs de Jo, et Laura Dern, qui connaît décidément une année royale, se glisse dans le costume de leur mère, Marmee March (défendue par Susan Sarandon dans la version de 1994). Meryl Streep vient aussi faire son petit tour, délicieusement il va sans dire, dans le rôle de tante March.

Déconstruisant le récit en faisant rebondir les différentes étapes de l’histoire les unes sur les autres, Greta Gerwig donne sa tonalité dès le départ.

Maintenant adulte et vivant à New York, celle qui a vécu son adolescence pendant la guerre de Sécession dans la maison familiale du Massachusetts est appelée à s’affirmer.

Encouragée par son ami Friedrich (Louis Garrel) à écrire des choses plus personnelles plutôt que des récits d’aventures génériques qu’elle tente de vendre à des magazines, Jo se fait vite remettre sur le nez combien on attend d’une femme de cette époque qu’elle se trouve un mari. « Si le personnage principal est une femme, assurez-vous qu’elle finisse mariée », se fait-elle ordonner par un éditeur après la lecture d’un manuscrit. « Ou morte, peu importe. »

PHOTO FOURNIE PAR COLUMBIA PICTURES

Timothée Chalamet et Florence Pugh dans le film Little Women, de Greta Gerwig

Ode à l’indépendance

Greta Gerwig met ainsi en valeur la nature farouchement indépendante de l’apprentie écrivaine et fait aussi écho à la solidarité féminine d’une famille dont le père, le fameux docteur March, s’est absenté pour aller combattre à la guerre. Belle idée, aussi, de raconter cette histoire classique du point de vue de l’autrice, dont les souvenirs nourrissent enfin le roman plus personnel que son ami lui a suggéré d’écrire.

Si la cinéaste, sans insister, ajoute une touche féministe au récit, elle reste néanmoins fidèle à l’époque dans sa reconstitution.

On soulignera ici la beauté des plans, méticuleusement composés, ainsi que la qualité de la direction artistique et musicale (très belle trame d’Alexandre Desplat).

À ce dynamisme s’ajoute aussi la qualité de l’ensemble d’une distribution dans laquelle se distingue évidemment Saoirse Ronan. L’actrice montre ici, une fois de plus, pourquoi elle est sans contredit l’une des actrices les plus douées de sa génération.

★★★½

Drame. Little Women (V.F. : Les quatre filles du docteur March), de Greta Gerwig. Avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Timothée Chalamet. 2 h 14.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/1994/les-quatre-filles-du-dr-march

IMAGE FOURNIE PAR COLUMBIA PICTURES

Little Women, de Greta Gerwig