Finaliste aux Oscars dans la catégorie de la meilleure réalisation en 2015 grâce à Boyhood, Richard Linklater n’en finit plus d’afficher son éclectisme.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Deux ans après Last Flag Flying, film aux accents antimilitaristes dont l’écho fut finalement très limité, le réalisateur de la trilogie Before (Sunrise, Sunset, Midnight) s’adonne cette fois-ci à la comédie dramatique avec Where’d You Go, Bernadette (Bernadette a disparu en version française), adaptation du roman de Maria Semple.

Cate Blanchett se glisse dans la peau de Bernadette, brillante architecte qui déteste tout le monde. Il y a 20 ans, sans qu’on explique vraiment pourquoi, cette femme a mis de côté sa carrière pour s’installer à Seattle avec son mari (Billy Crudup), à qui un géant de l’informatique a fait un pont d’or. Malgré l’usure du temps, le couple est toujours uni et relativement solide, d’autant qu’il a engendré Bee (Emma Nelson), devenue une jeune femme allumée, qui entretient avec ses parents de véritables liens, particulièrement avec cette mère atypique, qui n’a que faire des cadres sociaux habituels.

Au fil des ans, Bernadette s’est isolée du monde extérieur et a rompu tout contact, mis à part celui qu’elle doit maintenir, par la force des choses, avec une voisine exaspérée (Kristen Wiig), qu’elle prend d’ailleurs plaisir à martyriser. Et puis, il y a cet assistant virtuel à qui elle confie tout de sa vie domestique. Jusqu’au jour où, après avoir nié les problèmes qui l’accablent, notamment sur le plan de sa santé mentale, Bernadette décide d’aller voir ailleurs si elle y est, sans prévenir ses proches.

Portrait d’une femme complexe

Bien sûr, les excentricités du personnage font d’abord sourire. Le regard perfide que pose Bernadette sur le monde donne lieu à des scènes parfois savoureuses, portées par le talent exceptionnel de Cate Blanchett.

IMAGE FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Affiche du film Where’d You Go, Bernadette

Mais au-delà de l’aspect coloré d’une misanthrope sans filtre, l’actrice livre le portrait nuancé d’une femme complexe souffrant d’insatisfaction chronique, elle qui était pourtant promise à une grande carrière dans son domaine. 

Cela dit, le récit aurait pu évoquer de façon plus limpide les motivations – ou la logique interne – d’un personnage dont la situation semble enviable aux yeux de la société.

Where’d You Go, Bernadette explore aussi une relation mère-fille dans laquelle les rôles ont presque été inversés. Saisissant parfaitement le vide existentiel de celle qui lui a donné la vie, Bee sera à même de comprendre les désirs de fuite de cette dernière, même si la manière est plutôt inattendue.

Richard Linklater a choisi une approche classique pour raconter une histoire qui aurait requis un peu plus de folie dans la réalisation. Cette comédie dramatique, dont l’action se déplace d’une banlieue branchée de la côte du Nord-Ouest jusque dans les eaux glacées de l’Antarctique (où une partie du film a véritablement été tournée), laisse ainsi un sentiment d’inaccompli, même si elle bénéficie grandement de l’apport de son actrice principale.

★★★ Where’d You Go, Bernadette (V.F. Bernadette a disparu). Comédie dramatique de Richard Linklater. Avec Cate Blanchett, Billy Crudup et Kristen Wiig. 1 h 43.

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