L'histoire: En 1789, lors de la Révolution, les destins d'hommes et de femmes du peuple croisent ceux de figures historiques.

CHANTAL GUY LA PRESSE

Le film s'ouvre sur le Jeudi saint, le jour où le roi lavait les pieds des enfants pauvres. Devant Louis XVI (Laurent Lafitte, sombre), un garçon dit: «Un jour, j'aurai des sabots.»

Tout de suite après, la lumière commence à percer sur un faubourg de Paris, à mesure qu'on démolit la Bastille, qui a été prise d'assaut par le peuple. Scène qui résume tout, sans en mettre des tas, et c'est de ce faubourg que l'on vivra la Révolution. 

Au contraire de plusieurs films historiques où le peuple est le figurant bruyant des événements portés par des personnages célèbres, Un peuple et son roi a l'ambition d'embrasser cette période (de 1789 à l'exécution du roi en 1793) du point de vue des pauvres et des anonymes, un peu comme l'a fait Éric Vuillard dans son roman 14 juillet (c'est dans l'air du temps, on dirait).

On pense à ce maître verrier (Olivier Gourmet), à cette vendeuse (Céline Sallette) ou à ce vagabond recueilli par ce petit groupe révolutionnaire (Gaspard Ulliel).

Plus intéressant encore, les femmes sont vraiment au premier plan dans cette aventure vertigineuse, et c'est un fait historique qu'on n'a pas assez vu dans les productions du genre.

Elles portent l'émotion et la solidarité avec des chansons retrouvées par les historiens consultés pour le film, et l'effet est percutant. Ce que l'on observe aussi, c'est comment la rupture s'est produite entre le roi et le peuple, qui veut décider de son destin. 

Schoeller rend bien la fébrilité du temps, quand on écoutait passionnément les tribuns (Denis Lavant fait un intéressant Marat, qui sort son fusil en plein discours), les espoirs et les angoisses propres au changement de régime.

Rien de pompier, pas de lyrisme dans cette réalisation, ce qui fait du bien, même si la construction est un peu échevelée, avec des chapitres et des narrations qui semblent balancés aux spectateurs et qui donnent une impression de collage.

Mais c'est vraiment pour l'angle original, immersif et intelligent qu'on regarde Un peuple et son roi, qui arrive par moments à nous donner l'impression d'être là, pendant que ça se passait. Très dommage que le projet de la suite, sur les années de la Terreur, soit sur la glace.

* * * 1/2

Un peuple et son roi. Drame historique de Pierre Schoeller. Avec Olivier Gourmet, Adèle Haenel, Céline Sallette, Gaspard Ulliel, Laurent Lafitte. 2h02.

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Photo fournie par MK2

Un peuple et son roi