Marc-André Lussier LA PRESSE

À l'occasion de la sortie en salle de Belle toujours, le très beau film que vient de réaliser Manoel de Oliveira, il fera bon revoir le chef-d'oeuvre de Luis Bunuel, auquel de Oliveira rend hommage avec son nouveau film.

Lauréat du Lion d'or au Festival de Venise en 1967, Belle de jour est l'adaptation cinématographique d'un roman de Joseph Kessel, auquel le maître espagnol a toutefois ajouté une dimension fantasmatique. C'est justement cet aspect qui donne à cette oeuvre toute sa profondeur et son mystère. Rarement, en effet, avait-on jusque-là abordé de façon aussi franche les fantasmes érotiques féminins. À travers le parcours de cette jeune bourgeoise qui, tous les après-midi, se rend dans une maison spécialisée, Bunuel propose une plongée en apnée dans les zones d'ombre de ses personnages. Les images (signées Sacha Vierny) sont d'une beauté à couper le souffle; la mise en scène est d'une rigueur absolue, et le film met en valeur une distribution de haut vol, parmi laquelle on compte notamment Michel Piccoli. Belle de jour, c'est aussi, évidemment, Catherine Deneuve. Au sommet de son art et de sa beauté. Ce rôle mythique a d'ailleurs beaucoup contribué à nourrir sa réputation de femme froide à la beauté glacée. Elle y offre pourtant une composition éblouissante. Vous l'aurez compris, il s'agit d'un must!