« Écrire, c’est hurler sans bruit », disait Marguerite Duras. Et le théâtre est une parole qu’on projette avec passion dans le vide et l’obscurité. Pas étonnant que l’œuvre romanesque de Duras – qui a aussi écrit pour le théâtre – s’adapte si bien sur les planches.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

La scène se passe dans un hôtel de villégiature. Dans une chambre avec vue sur la mer et bercée par le son du mouvement des vagues, comme une lente respiration. Au milieu, un lit où l’on a déposé négligemment un drap blanc. Un homme et une femme. Entre eux, au lieu d’une promesse d’amour, il y a une profonde blessure. Une fêlure qui laisse un vide immense.

Tout l’univers durassien est là ! Au lever de rideau, on sent déjà que cette production de La maladie de la mort rendra justice à la qualité de l’œuvre de Duras, une auteure dont l’écriture expose, avec une grande lucidité et la précision du scalpel, la fêlure de l’âme humaine. La mise en scène très zen de Martine Beaulne épouse la belle scénographie de Richard Lacroix. Celle-ci évoque des cratères lunaires sur lesquels se reflète la lumière crépusculaire de Guy Simard. Puis le jeu de Sylvie Drapeau et Paul Savoie, deux interprètes de talent et d’expérience, rend bien le souffle hachuré du texte.

Attention ! Cet univers n’est pas pour tous les goûts. Aussi précis et économe soit-il – la pièce dure à peine 60 minutes –, le style épuré de Duras peut finir par lasser, à force de répétitions, d’affectation : « Il a joui. Elle a joui. Il a dit ceci. Elle a répondu cela. » Nous sommes dans le degré zéro du dialogue. À côté de Duras, Tchekhov faisait des pièces d’action !

Par contre, si vous aimez vous bercer au son de la petite musique des tourments de l’âme, si la valse de la solitude à deux vous est familière, si vous croyez que le destin du couple se fond dans l’infinie distance qui sépare les amants, alors courez voir La maladie de la mort. Sa douce poésie risque de mettre un peu de baume sur vos blessures.

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★★★½

La maladie de la mort, de Marguerite Duras. Mise en scène de Martine Beaulne. Avec Sylvie Drapeau et Paul Savoie. Au Théâtre Prospero jusqu’au 15 février.