Gros changement au Théâtre anglais du Centre national des arts d’Ottawa : à compter de la saison 2021-2022, l’institution va recruter chaque année une compagnie en résidence qui bénéficiera de la moitié de son budget de production pour transformer sa programmation. Quincy Armorer et le Black Theatre Workshop de Montréal seront les premiers à tester ce nouveau modèle de codirection artistique.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

« Ce que je souhaite, c’est de travailler avec des artistes de noirs de partout au pays », explique Quincy Armorer, directeur artistique du Black Theatre Workshop, rappelant que le mandat de la compagnie est, depuis ses débuts, de mettre en valeur les histoires, les trajectoires et les interprètes noirs. Cette compagnie a été fondée parce que les communautés noires et les histoires des Noirs étaient marginalisées. »

PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE NATIONAL DES ARTS

Quincy Armorer, directeur artistique du Black Theatre Workshop de Montréal

L’idée d’ouvrir les portes du Théâtre anglais du CNA à une plus grande diversité culturelle trottait dans la tête de sa directrice artistique, Jillian Keiley, depuis longtemps déjà. Et bien que le choix du Black Theatre Worskhop ne soit pas « politique » — il a été effectué au terme d’un appel de candidatures —, elle reconnaît que le meurtre de George Floyd, en mai dernier, au Minnesota, a été un catalyseur.

Comme bien d’autres institutions et personnes, le Théâtre anglais du CNA a adopté le carré noir, symbole du soutien envers le mouvement Black Lives Matter au printemps. « On savait que ce n’était pas suffisant comme geste et on se l’est fait dire aussi, reconnaît-elle. On s’est demandé ce qu’on pouvait faire de plus pour rendre la vie des personnes noires meilleure au Canada. »

Le modèle de codirection artistique mis de l’avant par le Théâtre anglais du CNA fait qu’il délègue au Black Theatre Workshop, qui célèbre ses 50 ans cette année, l’usage de la moitié de son budget de programmation. Ce que Quincy Armorer juge d’une « grande générosité ». Sa compagnie et lui pourront ainsi sélectionner des œuvres qui seront produites par l’institution d’Ottawa au cours de la saison 2021-2022. Ce mandat sera l’occasion pour lui de mettre en valeur des artistes noirs de partout au Canada, ce qu’il envisage avec beaucoup d’enthousiasme.

« Il y a du racisme dans ce monde, on ne peut pas le nier. Il y a des déséquilibres, des injustices, et le théâtre n’y fait pas exception », dit-il, soulignant que le théâtre fait par des personnes noires, autochtones ou de couleur a fait l’objet d’un sous-financement et souffre à la fois d’un manque de visibilité et de reconnaissance.

Le modèle de codirection artistique mis de l’avant par le Théâtre anglais du CNA est un geste concret qui va dans le sens des changements structurels « profonds et significatifs » qui lui semblent souhaitables. « Il est temps, oui [en 2020], juge-t-il. Il est temps qu’on porte attention à toutes les communautés. »

PHOTO JOHN ARANO, FOURNIE PAR LE CENTRE NATIONAL DES ARTS

Jillian Keiley, directrice artistique du Théâtre anglais du Centre national des arts.

Jillian Keiley précise que le modèle mis de l’avant par le Théâtre anglais du CNA ne vise pas spécifiquement un nombre de productions, mais le pouvoir de faire des choix artistiques correspondant à la moitié du budget de programmation de l’institution. En sa qualité de compagnie en résidence, le Black Theatre Workshop participera en outre à la sélection de la compagnie qui obtiendra ce mandat pour la saison 2022-2023.