On dit souvent que la vérité sort de la bouche des enfants. On pourrait ajouter qu’elle sort aussi beaucoup de la bouche des aînés.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Les vieux – puisqu’il faut appeler un chat un chat – constituent la matière première de la touchante et très lucide pièce de théâtre documentaire Tout inclus, signée François Grisé.

Ce dernier a vécu pendant un mois aux Jardins du patrimoine de Val-d’Or, une résidence pour personnes âgées autonomes. Son objectif : mieux saisir l’existence de ceux qui y écoulent leurs dernières années, mais aussi comprendre pourquoi le déménagement de ses propres parents dans une telle résidence l’a bouleversé à ce point.

Entouré sur scène de Marie-Ginette Guay (d’une drôlerie et d’un aplomb formidables), de Marie Cantin et d’André Lacoste, Grisé raconte avec autodérision et sensibilité ces journées rythmées par le menu obligé de la cafétéria, où il n’y a rien – ou si peu – à faire.

Pour témoigner de ces journées étriquées, en tous points pareilles l’une à l’autre, le metteur en scène Alexandre Fecteau a choisi de faire évoluer les interprètes sur une scène dépouillée, où de simples panneaux coulissants servent tantôt de portes, tantôt d’écrans de projection de photos et vidéos. Une belle idée, même si le va-et-vient de ces hauts panneaux devient parfois agaçant.

Jane Goodall au pays des aînés

Après s’être glissé dans le rôle d’observateur de ses nouveaux colocataires, « telle Jane Goodall devant des gorilles », Grisé a décidé de plonger pour poser franchement des questions pas toujours faciles à ceux qui, au fond, ne demandent souvent qu’à (se) raconter.

Des raisons qui ont forcé l’ultime déménagement aux visites de plus en plus espacées des enfants, en passant par l’adaptation difficile à cette vie qu’ils n’avaient pas forcément vue venir, les résidants des Jardins du patrimoine se montrent d’une franchise, d’une générosité et, parfois, d’une truculence désarmantes.

Par la bouche des interprètes, ces gens de l’âge d’or (« une expression de marde », lancera Marie-Ginette Guay) nous font rire, nous émeuvent et nous rappellent en passant que la vie passe à vitesse grand V.

Véritables monuments de sagesse populaire et de résilience, ils nous forcent à regarder l’inévitable – la vieillesse – droit dans les yeux. Plus possible de se défiler. Et l’exercice nous renvoie irrémédiablement à nos proches plus âgés et, par ricochet, à notre propre vieillesse…

Appuyé par Annabel Soutar, pionnière du théâtre documentaire au Québec, François Grisé livre ici une pièce essentielle, promise à une belle carrière (à la manière de J’aime Hydro, qui sait ?). Car à l’image de Christine Beaulieu pour J’aime Hydro, Grisé propose une œuvre en plusieurs chapitres, toujours en évolution.

La pièce présentée à La Licorne est composée pour l’instant de cinq chapitres qui se concentrent sur l’expérience immersive de l’auteur. D’autres chapitres s’ajouteront, où des spécialistes de divers horizons viendront répondre à cette vaste question sur laquelle se clôt le spectacle : comment en est-on arrivé à croire que ces résidences sont la seule option de société possible pour nos aînés ?

La version complète sera présentée à compter de la mi-avril au Périscope, à Québec. Reste à espérer que La Licorne aura la sagesse de faire une place à celle-ci dans sa programmation de l’an prochain. Quand un projet est aussi bien lancé, on n’a qu’une envie : y assister en entier.

Tout inclus, texte de François Grisé, dramaturgie d’Annabel Soutar et mise en scène d’Alexandre Fecteau, avec François Grisé, Marie-Ginette Guay, Marie Cantin et André Lacoste, à La Licorne jusqu’au 25 octobre