Ils voient des spectacles depuis des années. Ils sont fidèles, de véritables passionnés. À l’occasion de la rentrée culturelle, La Presse vous présente des portraits d’abonnés qui vivent une véritable histoire d’amour avec l’institution qu’ils fréquentent.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Lorsqu’il est arrivé au Québec de son Maroc natal, Jo Loeub ne connaissait rien au théâtre. Le jeune homme de 18 ans qu’il était n’avait jamais vu la moindre pièce.

Aujourd’hui, cet enseignant à la retraite (et arbitre professionnel de tennis toujours actif) a les yeux qui s’allument dès qu’il prononce le mot « théâtre ». Il est devenu au fil des années un véritable passionné du 6e art. La preuve : depuis 27 ans, il est d’une fidélité absolue au Rideau Vert. Depuis 1992, il n’a quasiment jamais raté une pièce de la vénérable institution de la rue Saint-Denis et n’a jamais quitté la salle avant la tombée ultime du rideau. « Je suis un abonné à vie au Rideau Vert, lance-t-il. Même si je me retrouve en fauteuil roulant, je continuerai d’aller au théâtre. J’aime trop ça ! »

C’est grâce à sa femme, Marie Lauzon, qu’il a découvert le théâtre.

« Ç’a été un choc ! Je trouvais formidable d’être si près des comédiens en chair et en os. »

Sa première pièce ? « Le Cid de Corneille, au Théâtre Denise-Pelletier. J’étais complètement fasciné par les décors, la mise en scène et le jeu brillant des comédiens. »

Pourquoi le Rideau Vert ?

Jo Loeub et sa femme ont été abonnés au Théâtre Denise-Pelletier pendant cinq ans, puis au Théâtre d’Aujourd’hui pendant dix ans. C’est sur les conseils d’un ami qu’ils ont commencé à fréquenter le Rideau Vert. « Pendant trois ans, on était abonnés à deux théâtres en même temps. J’étais épuisé ! C’était toute une gestion d’agenda ! »

Il a dû faire un choix et son cœur a penché pour le Rideau Vert, notamment parce que le type de théâtre présenté lui convenait davantage. « Le Théâtre d’Aujourd’hui faisait des créations plus flyées et j’étais parfois perdu. Le Rideau Vert se destine à un public plus élargi ; on y présente de grands classiques. »

Pour l’homme de 66 ans, une sortie au théâtre tient du rituel sacré… et du happening. « Nous y allons avec cinq amis, toujours pour la représentation du samedi à 16 h. »

« Nous avons nos sièges réservés, dans la première rangée au centre. Ce sont les meilleures places : on dirait que les comédiens jouent juste pour nous. »

« Et à la fin de la pièce, je suis toujours le premier à me lever pour applaudir et je vois dans les yeux des comédiens qu’ils me remercient ! »

Après la représentation, toute la bande se dirige vers un resto, choisi par Jo Loeub et gardé secret jusqu’à la dernière minute. « Je réserve le restaurant deux semaines à l’avance ; tout ce que je leur dis, c’est d’apporter leur bouteille de vin. C’est la beauté d’assister aux représentations de 16 h : on est moins fatigué et on peut ensuite aller souper sans être pressé et boire du vin. Il n’y a pas de danger de s’endormir plus tard, pendant la pièce. »

Une institution qui se transforme

Depuis qu’il fréquente le théâtre fondé par Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino, Jo Loeub a vu les programmations annuelles se transformer peu à peu. « Il y a plus de pièces modernes qu’auparavant, dit-il. Il y a aussi moins de classiques et moins de comédies. J’ai d’ailleurs un ami qui déplore que le nombre de comédies diminue, mais moi, je préfère les drames. J’aime quand j’ai des larmes et ce genre d’émotions. »

« Chaque saison, il m’arrive deux ou trois fois de me retenir pour ne pas partir à sangloter. J’aime quand le théâtre touche cet état d’âme. »

Il se rappelle avoir pleuré franchement à la fin de Vol au-dessus d’un nid de coucou, mis en scène par Michel Monty et présenté en 2017.

Jo Loeub adore le théâtre du Rideau Vert, mais il n’en est pas moins critique par rapport à certaines décisions. Il a notamment des réserves à formuler sur la revue de l’année Revue et corrigée, présentée depuis 10 ans. « On est un peu déçus que ça revienne. Oui, c’est agréable, oui, on rit, mais ce n’est pas du théâtre. Il nous est arrivé souvent de ne pas l’inclure dans notre abonnement. »

Malgré ce petit bémol, Jo Loeub sait qu’il restera encore longtemps fidèle à son théâtre. Il assiste d’ailleurs depuis 10 ans au dévoilement officiel de la programmation, qui se fait devant un public composé d’abonnés. « On est les premiers à connaître les pièces qui seront à l’affiche ! Ça nous a permis parfois de discuter avec Denise Filiatrault et des comédiens. Par contre, avant, il y avait du mousseux et des bouchées. Ça aussi, ça a changé ! »

Une pièce qui l’a marqué

« Le visiteur, d’Éric-Emmanuel Schmidt, avec Marc Béland, notamment. Je suis sorti bouleversé. J’ai acheté le texte de la pièce et l’ai relu quelques fois depuis. »

Des acteurs fétiches

« Albert Millaire et Gilles Pelletier, que j’ai vu jouer souvent. Sinon, chez les plus jeunes, Benoit McGinnis et David Savard. »

Des actrices fétiches

Sylvie Drapeau et Yvette Brind’Amour

Un metteur en scène marquant

Guillermo de Andrea

Une pièce attendue de la programmation 2019-2020

« L’homme de la Mancha. C’est un spectacle à grand déploiement, avec un orchestre live. J’ai bien hâte de voir ça. »