Cet été, Sharon James est en haut de l’affiche ! La comédienne triomphe avec la troupe d’artistes dans la comédie musicale Mamma Mia ! Des dizaines de milliers de Québécois vont découvrir son talent au fil des représentations. Et attention, elle ne fait que prendre son élan.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Depuis quelques mois, Sharon James vit sa plus belle histoire d’amour… avec son métier. À l’instar de Barbara, la comédienne de 37 ans pourrait chanter « Elle fut longue la route, mais je l’ai faite la route, celle-là qui menait… au succès ». Et chaque fois qu’elle a voulu tout lâcher, le métier est revenu la chercher.

Pour son ex-camarade de classe à Sainte-Thérèse Simon Boulerice, la comédienne « irradie » en Rosie, l’un des personnages du spectacle musical dirigé par Serge Postigo. « Sharon a toujours eu une voix exceptionnelle, mais ce rôle lui colle à la peau. Elle joue, avec humour et sincérité, la complice, l’amie qui écoute, qui divertit, qui console, qui fait tournoyer pour changer les idées. C’était du cousu main pour Sharon », estime l’auteur et chroniqueur à la télévision.

Et pourtant, à plusieurs reprises ces 15 dernières années, Sharon James a pensé tout lâcher.

« J’ai pris des années sabbatiques pour étudier en mode et en éducation. J’ai fait plein de boulots pour payer mes cours et me perfectionner. J’ai même loué un appartement à Toronto pour recommencer à zéro. »

La Presse a rencontré Sharon James dans un café de la Plaza St-Hubert, à deux pas de la boutique Belle et Rebelle, où elle était vendeuse il n’y a pas très longtemps. Depuis sa petite enfance, Sharon James rêve de faire de la scène. « À 8 ans, je chantais dans la chorale de notre église à Brossard. Adolescente, j’ai joué dans plusieurs spectacles amateurs et j’ai participé à tous les concours possibles et imaginaires », se souvient-elle.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sharon James (à droite) incarne Rosie dans Mamma Mia !

Une classe à part

À 18 ans, elle s’inscrit naturellement en théâtre au cégep de Saint-Laurent. Dans sa classe, Sharon côtoie des jeunes bourrés de talent, dont Évelyne Brochu, Magalie Lépine-Blondeau et Emmanuel Schwartz. Après son DEC, elle étudie en jeu au Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse. Dans sa cohorte, on trouve Sophie Desmarais, Sarah Berthiaume et Simon Boulerice.

Malgré son talent et le fait qu’elle soit appréciée de ses camarades, un professeur l’avertit qu’un obstacle va lui fermer bien des portes à la sortie de l’école : la couleur de sa peau. « Il m’a dit : “Sharon, disons-nous les vraies affaires, tu n’auras jamais de premier rôle au Québec. À moins de jouer dans une histoire avec une thématique raciale… »

« J’étais noire de rage ! [rires] Selon moi, ce prof avait une vieille façon de voir le métier. J’étais persuadée que les choses étaient en train de changer progressivement, mais sûrement. Et il me dit ça ! »

Après SLĀV

À l’été 2018, Sharon James croyait que son moment était enfin venu. Elle jouait au théâtre, dans un spectacle promis à un bel avenir et créé par Betty Bonifassi et Robert Lepage au TNM. Puis, la controverse de SLĀV a éclaté : « J’ai mal vécu ça, dit-elle. Je savais que ça allait faire jaser, mais je ne pensais JAMAIS que ça prendrait une telle ampleur ! »

« Ce qui m’a attristée le plus, c’est de constater à quel point la société préfère se déchirer dans la confrontation, plutôt que d’avoir une conversation sur un enjeu important. »

« Moi-même de l’intérieur, j’étais déchirée, poursuit-elle. Je n’étais pas d’accord avec des aspects du contenu. Je trouvais maladroite la manière de raconter l’histoire [de l’esclavagisme]. En répétitions, je disais, telle chose, ça ne passera pas. Mais les créateurs avaient toujours une bonne réponse, une réflexion intelligente pour expliquer leurs choix. Je me suis concentrée sur mon travail d’interprète. »

Referait-elle ce spectacle en 2019 ?

« Non. »

Est-ce qu’elle le regrette ?

« Non plus. Parce que SLĀV m’a fait grandir humainement et artistiquement. SLĀV m’a fait réfléchir sur mon identité de femme noire et la contribution que je peux apporter à la société québécoise. À l’école, on me répétait sans cesse de prendre ma place. Et je la prends maintenant. »

« Certes, il reste encore du chemin à faire. Toutefois, depuis cinq ans, je connais de plus en plus de jeunes Noirs qui décrochent de beaux rôles au théâtre et ailleurs. Le week-end dernier, j’ai fait une session photo avec 20 femmes noires [des réalisatrices, scénaristes, productrices et comédiennes]. Et elles travaillent toutes en ce moment et elles ont de l’influence dans leur milieu. Il y a de quoi célébrer ! »

Si Sharon James a persévéré, c’est entre autres pour encourager les adolescents et adolescentes noirs à écouter leur cœur et à croire en leurs rêves.

Quel serait son message le plus important pour ces jeunes ?

« Ne lâchez pas. Trouvez ce qui vous distingue des autres, ce qui est unique à vous. Et quand vous l’aurez trouvé, polissez-le. C’est votre plus beau trésor. »

Mamma Mia ! est à l’affiche au théâtre St-Denis, à Montréal, jusqu’au 28 juillet. Puis, dès le 14 août, elle sera présentée à la salle Albert-Rousseau, à Québec.