Julie Le Breton est de retour sur la scène du TNM dans le nouvel opus du prolifique tandem Michel Marc Bouchard et Serge Denoncourt, doté d’une distribution « tout étoile ». Un grand plaisir doublé d’un grand défi pour la comédienne.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Ces jours-ci, les heures, voire les minutes, de Julie Le Breton sont comptées. Entre le tournage de la troisième saison de la série Victor Lessard, les répétitions et la promotion de La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé et la nouvelle pièce de Michel Marc Bouchard présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), l’agenda de la comédienne est archiplein. 

« Je ne peux même pas assister au gala Artis [qui a lieu demain soir], car je tourne toute la journée à l’extérieur de Montréal », dit celle qui est nommée pour son rôle de Délima, la sœur de Séraphin, dans Les pays d’en haut. « Mais ce n’est pas grave, je suis chanceuse d’être demandée après 20 ans de carrière. »

La vérité si je mens

La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé raconte l’histoire d’une thanatologue, Mireille Larouche, qui avait pour habitude, enfant, d’entrer dans les maisons du voisinage pour observer les gens dormir, dont le jeune Laurier du titre. Julie Le Breton joue cette femme qui, une fois adulte, s’est exilée aux États-Unis. « Elle s’est éloignée de sa famille très jeune pour pouvoir s’émanciper », explique son interprète.

Devenue célèbre, la thanatologue revient enterrer et embaumer sa mère à Alma. Elle renoue avec sa famille qu’elle n’a pas vue depuis huit ans. Dans un mélange d’inconfort et de « beaux malaises » (Bouchard n’est pas Martin Matte, mais l’auteur est doué pour les répliques à la fois brutales et très comiques), Mireille retrouve ses frères (joués par un trio d’as : Patrick Hivon, Éric Bruneau et Mathieu Richard) ainsi que sa savoureuse belle-sœur (Magalie Lépine-Blondeau, autre fidèle complice de Denoncourt) dans une salle d’embaumement d’un salon funéraire au Lac-Saint-Jean. Il y a aussi Kim Despatis qui joue une jeune thanatologue.

« C’est une famille qui, comme bien des familles québécoises, a de la misère avec le silence. On parle beaucoup pour remplir le vide avec des banalités, des reproches ou des blagues sur tout et rien. »

Un brouhaha pour cacher sa peine, sa tristesse, son deuil et ses inévitables blessures d’enfance… « Tout le monde est pris dans sa tête sans se soucier de la réalité. Et c’est très déstabilisant pour Mireille, un personnage habitué au rituel, au sacré, toujours en quête de beauté. »

« Mireille a des intérêts professionnels et personnels assez pointus, poursuit la comédienne. Elle est incapable de parler et d’être en contact avec les autres. Elle cherche à mettre en lumière un secret du passé qui pèse sur ses proches. Malgré la situation, c’est plus une pièce sur le besoin de vérité qu’une œuvre sur la mort. »

« Pouvons-nous vraiment naître de nouveau ? », se demande Michel Marc Bouchard dans cette œuvre sur les secrets d’une famille dysfonctionnelle — qui rappelle Les muses orphelines — et sur la trahison amoureuse — dans la veine des Feluettes.

Le secret, le mensonge, voilà deux thèmes récurrents dans le théâtre de Bouchard ; à l’instar de Bernanos, il pourrait affirmer qu’« on n’invente que le mensonge ». Et le pire mensonge, c’est de se mentir à soi-même.

Le doute créatif

Michel Marc Bouchard et Serge Denoncourt avaient en tête la plupart des comédiens de la pièce depuis plus de deux ans. L’auteur a écrit le rôle de Mireille spécialement pour Julie Le Breton. Et c’est la première fois que l’actrice joue dans une pièce de l’auteur de Tom à la ferme

« J’étais très surprise et vraiment émue. C’est un cadeau formidable, une consécration ! Ça vient enlever un doute… [elle hésite et cherche ses mots], un sentiment d’imposteur que j’ai encore malgré les années d’expérience. Je doute constamment. »

À une comédienne qui affirmait n’avoir jamais le trac, le grand acteur Louis Jouvet rétorqua : « Ne vous inquiétez pas, il viendra avec le talent ! »

Julie Le Breton, elle, est de nature inquiète. À quelques jours de la première, elle dit au journaliste qu’elle n’imagine pas tout à fait le passage en salle ; et qu’elle aimerait rester dans le « cocon » de la salle de répétition, ce lieu où l’on explore et ne craint pas de se tromper… 

« Juste un peu avant Noël, je me demandais si j’allais y arriver, confie-t-elle. Je ne comprenais pas mon personnage. Je cherchais encore les clés de son monde intérieur. Cette femme est comme une étrangère dans sa propre famille. Alors j’ai demandé une rencontre avec Serge [Denoncourt]. Il m’a beaucoup aidée, et il m’a bien aiguillée. Je suis chanceuse de travailler avec des metteurs en scène comme Serge, qui connaît mes forces et mes failles, mes angoisses et ma façon de travailler. Et là, ça va, j’ai même beaucoup d’empathie pour ce personnage. »

Se voit-elle davantage comme une femme de théâtre ou de cinéma ?

« Ce que j’aime, c’est raconter des histoires. J’incarne des personnages qui me sortent de ma réalité à moi. Présentement, je joue en même temps Mireille Larouche, une femme atypique, atteinte d’asperger et thanatologue de métier, et Jacinthe Taillon, une enquêteuse Gros-Jean comme devant dans Victor Lessard. Or, bien que ce soient deux personnages complètement différents, ils se nourrissent l’un l’autre. » — Avec la collaboration de Jean-Claude Nault, stagiaire de L’Itinéraire

La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, au Théâtre du Nouveau Monde, du 14 mai au 11 juin

Consultez le site web du TNM

La saison 3 de Victor Lessard sera offerte sur Club illico plus tard cette année.