C'est vraiment un monument du théâtre et du cinéma québécois qui disparaît avec la mort d'Hélène Loiselle à l'âge de 85 ans, après plus de 70 ans de carrière.

Daniel Rolland LA PRESSE

Hélène Loiselle avait à la ville cette fragilité qui ne laissait pas soupçonner au premier abord la riche palette de cette comédienne multiple qui a gagné ses galons dans des rôles dramatiques que l'on n'est pas près d'oublier.

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C'est à sept ans, tandis qu'elle est au pensionnat, qu'elle prendra conscience de l'attention qu'elle peut susciter. Elle venait alors de faire une courte récitation.

Dans les années 40 elle prendra des cours privés avec des grands de la profession les Charlotte Boisjoli, François Rozet, Lucie de Vienne et Jean Valcourt. En 1945 elle fait son entrée chez les Compagnons de Saint-Laurent du Père Émile Legault. Pour elle c'est comme une famille de romanichels. Par contre elle ne sera pas toujours d'accord avec les visées du religieux fondateur.

C'est cette même année qu'elle fera son véritable début professionnel sur les planches dans On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset. Au sein de la troupe elle essaiera de ne pas tomber sous le charme du beau Jean Coutu, mais c'est finalement de Lionel Villeneuve qu'elle s'éprendra et qui deviendra son époux. Ils auront souvent l'occasion de jouer ensemble, notamment dans le film Mon oncle Antoine de Claude Jutra. Elle aura l'opportunité d'incarner tous les plus grands rôles féminins du théâtre, tant classique que contemporain.



Exil à Paris


Après la période des Compagnons, Hélène et son mari décident d'aller prendre le frais à Paris, question d'aller voir ce qui se fait ailleurs. Leur but est d'aller voir le plus de pièces de théâtre possible et de parfaire leur formation. Ils logeront en banlieue de la capitale, voisins de Guy Provost.

Hélène participera au célèbre cours Simon. Pour gagner sa vie, elle acceptera un petit boulot de secrétaire pour une compagnie de cinéma américain qui avait ses bureaux sur les Champs-Élysées. De retour au pays, elle sera de plusieurs distributions de téléthéâtres à la télévision naissante de Radio-Canada. Les tout-petits l'apprécieront dans des rôles de sorcières, notamment dans Fanfreluche.

De la première des Belles-Soeurs

En 1968 elle sera de la première distribution des Belles-Soeurs de Michel Tremblay présentée au Théâtre du Rideau Vert. Elle deviendra la pincée Lisette de Courval, autrement dit la snob du groupe de femmes collectionneuses de timbres promotionnels.

Par la suite, tout comme Rita Lafontaine, elle restera une des comédiennes fétiches de Tremblay, bouleversante dans En pièces détachées dans la peau de cette mère totalement dénaturée, tout comme dans À toi pour toujours ta Marie-Lou. À René Homier-Roy qui l'a reçu sur le plateau de Viens voir les comédiens, elle disait avoir aimé d'emblée le théâtre de notre dramaturge national en raison de la vérité de ses personnages.

Hallucinante au cinéma

Ses apparitions au cinéma québécois ont toutes été marquantes tellement elle mettait de densité. Qu'on se souvienne des Ordres de Michel Brault, où comme on l'a dit elle vivait son rôle plus qu'elle ne le jouait. Aussi poignante dans La bouteille signé Alain Desrochers avec Jean Lapointe où elle assiste avec effroi à la destruction de son jardin chéri.

Les cinéphiles n'oublieront pas non plus cette femme fanatique de religiosité dans Post-mortem de Louis Bélanger. Puis Dans les villes de Catherine Martin, en vieille qui s'éteint progressivement. Et à propos de la vieillesse, elle déplorait que la vie ne soit pas organisée de sorte que ce soit un passage de sérénité et d'épanouissement plutôt qu'une perte de ses moyens.

Généreuse, elle dispensera son savoir comme professeure à l'option théâtre du cégep Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse. De même qu'en compagnie de Lionel Villeneuve, inlassable, elle exploitera durant quelques années un théâtre d'été à Saint-Michel.

La critique un mal nécessaire

Hélène Loiselle sera suivie dans la carrière par son frère Hubert Loiselle qui aura eu un parcours difficile et une fin de vie tragique. C'est à peine si elle évoquera publiquement ce sombre épisode de sa vie personnelle, sans que les larmes lui montent aux yeux.

Tout comme elle confiera avoir connu un moment de désarroi tel dans sa vie privée qu'un jour, au cours d'une première, elle demandera à ses proches de ne pas venir la voir, croyant qu'elle allait mourir sur scène. Mais si le roseau plie il ne rompt pas.

Et sa carrière s'étendra sur plus de six décennie qui trouvera son couronnement dans l'attribution du prix Denise-Pelletier remis par le gouvernement du Québec en guise de sa contribution à la vie artistique d'ici. Une des rares récompenses qu'elle est venue chercher en personne car pour ce qui était des mises en compétitions c'était un exercice qu'elle détestait car c'était comme elle le disait «la mettre en rivalité avec ses camarades de travail».

Pour ce qui est de la critique, elle la considérait comme un mal nécessaire, soulignant au passage que le critique de théâtre péchait peut-être par souci de perfection au point de risquer d'en devenir méchant. Mais cette critique pour son bonheur lui accordera les plus beaux hommages.