Avec ses répliques décapantes et son humour féroce, Le père Noël est une ordure est un conte des Fêtes politiquement incorrect. Une fable urbaine à la fois comique, cruelle et désespérée qui pose un regard impitoyable sur l'hypocrisie de la société envers ses marginaux.

Luc Boulanger LA PRESSE

On connaît l'histoire. La pièce, créée par la troupe du Splendid en 1979, a été adaptée au cinéma par Jean-Marie Poiré, en 1982. Depuis, cette comédie portée par de fabuleux acteurs (les Balasko, Clavier, Jugnot, Lhermitte, Chazel, Anémone) est devenue une oeuvre culte.

Sa recette est simple et toujours efficace : c'est du vaudeville à la Feydeau et Labiche, mais à la sauce moderne et très relevée. Les dialogues fusent, les portes claquent et les revirements abondent. Mais la situation ne dépeint pas la bourgeoisie de la Belle Époque.

Nous sommes au coeur de Paris, rue des Lombards, une nuit de Noël, dans un centre d'écoute téléphonique S.O.S. Détresse-Amitié. Thérèse et Pierre, deux bénévoles un peu coincés (ils se décoinceront, et pas à moitié, au cours de la nuit!) attendent les rares appels de détresse.

Or, au lieu de téléphoner, les désespérés viendront en personne : Katia, un travelo sur le bord du suicide; Preskovitch, l'immigré solitaire et voisin de palier; Josette, une clocharde enceinte jusqu'aux oreilles; et son mec Félix (le père Noël en question), un sale truand batteur de femmes que Josette aimerait bien quitter...

Baptême théâtral

Au Théâtre MainLine, une salle qui ne paie pas de mine, boulevard Saint-Laurent (fréquentée par les habitués du Fringe), le jeune metteur en scène Benoît Ruel et ses complices signent le baptême théâtral de leur compagnie en produisant ce classique.

Avec les moyens du bord, dans une configuration pas idéale pour du théâtre à l'italienne (selon où vous êtes assis, vous risquez de voir souvent les acteurs jouer de dos ou à deux pouces de votre siège...), la troupe livre un spectacle tonique qui fait oublier la pauvreté des lieux.

Les interprètes jouent avec sincérité et talent ces personnages typés. On sent toutefois que le manteau de leur rôle pèse encore un peu lourd. Le jeu est parfois hésitant. Le tragique et le pathétique sous la farce pourrait être plus senti. Cela viendra peut-être avec les représentations...

Pour l'instant, Thérèse et Pierre (très justes Gabrielle Forcier et Michel-Maxime Legault) et les joyeux désespérés donnent un spectacle ludique et sans temps mort. Ceux qui ont vu et revu le film savoureront les répliques connues... en essayant de ne pas tomber dans le jeu des comparaisons. Les néophytes remercieront cette jeune compagnie de leur faire découvrir une comédie indémodable.

Jusqu'au 22 décembre. Au Théâtre MainLine, 3997, boul. Saint-Laurent, Montréal.