Perdre son boulot mène parfois directement à la rue. Dans Du bon monde, le dramaturge américain David Lindsay-Abaire pose son regard sur un quartier pauvre de Boston et montre la lutte d'une femme pour garder sa dignité et retrouver du travail. Ce drame psychologique risque de résonner fort en cette ère où des millions de gens sont vulnérabilisés par la santé hoquetante de l'économie mondiale.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

«Qu'est-ce que tu fais dans la vie?» On accorde tellement d'importance au travail que cette question fait partie des premières qu'on pose aux nouvelles personnes qu'on rencontre. Notre boulot est une étiquette qu'on porte, pour soi comme pour les autres. Un système de classement dans un système de classes sociales. Qu'arrive-t-il lorsqu'on a été éjecté du marché du travail?

«Souvent, on n'est plus rien», constate Pierre Bernard. Le metteur en scène, qui fut un important directeur artistique pour le Quat' Sous, dirige notamment Josée Deschênes dans Du bon monde, drame psychologique de David Lindsay-Abaire. Dans cette pièce, une femme dans la cinquantaine qui a perdu son boulot dans un magasin à un dollar cherche un moyen de revenir sur le bon côté du monde du travail. Coûte que coûte.

Pierre Bernard n'a pas choisi ce texte parce que son propos lui semblait dans l'air du temps. Il a d'abord choisi le dramaturge, dont il suit la carrière depuis 10 ans. «C'est un auteur qui m'allume», dit le metteur en scène, précisant qu'avant de se mettre au drame psychologique (avec Rabbit Hole, adapté depuis au cinéma avec Nicole Kidman et Aaron Eckhart), l'Américain avait surtout mis de l'avant son «extraordinaire sens de la comédie».

L'envers du rêve américain

Il y a aussi une pointe de drôlerie dans Du bon monde. Margaret «n'a pas de filtre», selon Josée Deschênes. «Elle ne tourne pas sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler», ajoute Pierre Bernard. Et elle sait se défendre, ce qui épice un peu cette pièce où il est néanmoins question d'une classe moyenne fragilisée et d'un rêve qui s'effrite: travailler plus ne mène pas nécessairement au confort matériel et au bonheur, les deux grandes promesses du «rêve américain».

«Plus tu creuses, plus tu te rends compte que la pièce parle aussi des choix qu'on fait ou pas dans la vie», ajoute Josée Deschênes. Margaret sera mise face aux siens en renouant avec Mike (Benoît Gouin), un ancien amoureux devenu médecin. «Il n'y a rien de tout noir ou de tout blanc, c'est un ensemble de choses qui font que tu t'en sors ou que tu ne t'en sors pas», dit encore l'actrice.

Dans l'ère du temps

«C'est une question majeure dans la pièce, mais qui est aussi au coeur de nos sociétés. Tous les hommes naissent libres et égaux, mais comme le disait Coluche: il y en a qui sont plus égaux que d'autres», souligne Pierre Bernard. Soulever la question aujourd'hui s'avère pertinente dans la foulée des récents mouvements sociaux (mouvement Occupy, grève étudiante) et des débats amorcés depuis l'élection du Parti Québécois (financement des écoles privées, taux d'imposition des plus nantis).

Pierre Bernard insiste pour dire qu'il ne travaille pas différemment parce qu'il a conscience de mettre les deux pieds dans des débats actuels. «Ce qui m'importe au théâtre, ce sont les humanités, c'est de parler des êtres humains qui vivent en même temps que moi, et de les mettre en lumière», dit-il. Avec Du bon monde, il a voulu inviter les gens à poser un regard compatissant sur les personnes comme Margaret. «Ils sont nos égaux, affirme-t-il posément, même s'ils ne le sont peut-être pas sur le plan financier...»

Du 31 octobre au 8 décembre au Théâtre Jean-Duceppe.