Le Théâtre du sous-marin jaune continue de farfouiller dans les profondeurs de la pensée humaine. Après Voltaire, la Bible et Descartes, Antoine Laprise et sa marionnette Loup bleu nous entraînent dans les Essais de Montaigne, un autre spectacle ludique, cette fois dans un format à mi-chemin entre le théâtre et le cinéma.

Mis à jour le 13 févr. 2010
Jean Siag LA PRESSE

Dans Les essais, d'après Montaigne, Loup bleu perd un peu de ses crocs, nous dit Antoine Laprise. Il est apprivoisé par l'homme. Se laisse bercer par les mots de Montaigne, au point de devenir son scribe, jusqu'à ce que les ultra-catholiques s'emparent du film qu'il prépare. Il devra confronter le fanatique duc de Guise, croisera Catherine de Médicis, Henri IV...

Pas de doute, nous sommes dans l'univers du Sous-marin jaune et de ses marionnettes pour adultes qui dépoussièrent avec humour les textes fondateurs de notre civilisation. Rien de moins. «Les Essais de Montaigne sont quand même l'une des grandes oeuvres de la civilisation occidentale», insiste l'auteur et comédien.

Remettons-nous dans le contexte. Nous sommes au XVIe siècle. Les guerres de religion divisent les Français (entre catholiques et protestants). Durant la même période, c'est la conquête de l'Amérique, la rencontre avec les autochtones. «C'est le siècle qui va donner le signal de départ à notre modernité, à ce qui va nous arriver par la suite», précise Antoine Laprise.

Durant les 20 dernières années de sa vie, Michel de Montaigne rédige ses célèbres Essais. Il y aborde toutes sortes de sujets, de la politique à la religion, en passant par l'amitié, la justice, la vanité, l'expérience, etc. Chaque fois, il formule des principes humanistes inspirés des penseurs grecs - souvent opposés aux dogmes de l'Église - qui tournent autour de la liberté, l'égalité, la tolérance.

C'est Montaigne qui est à l'origine du fameux «Que sais-je?», façon d'illustrer la difficulté pour l'homme de trouver la vérité. Et d'insister sur la relativité des choses, le caractère impermanent des choses.

Rassurez-vous, le spectacle du Sous-marin jaune n'a rien d'une thèse doctorale sur ce grand intellectuel français. Mais s'inspire de ses écrits pour en extraire les idées maîtresses, qui sont parfois proches de notre réalité. «Dans les guerres de religion, il y avait les croyants et les impies, détaille Antoine Laprise. Aujourd'hui, on vit un peu la même chose avec l'islam. On cherche, nous aussi, à vivre avec la différence.»

«J'ai opté pour un récit chronologique, poursuit le coauteur (qui signe le texte avec le Belge Michel Tanner). On traverse la vie de Montaigne, de l'âge de 30 ans jusqu'à sa mort. J'ai essayé d'imaginer des situations qui auraient pu être à l'origine de ses textes. Mais comme avec nos précédentes créations, on rit toujours beaucoup.»

La nouveauté: les marionnettes du Sous-marin jaune ont été filmées. «Une lubie de Loup bleu», nous dit son géniteur. Il s'agit donc d'un film muet (tourné à Québec en 2008), qui sera projeté sur un grand écran et doublé par des acteurs qui seront sur scène. Tout comme les musiciens, armés d'une batterie et d'une guitare électrique, qui joueront de la musique rock.

Pourquoi du rock? «Parce que le XVIe siècle était rock'n'roll! lance Antoine Laprise. C'était plus violent. Il n'y avait pas de police. Chacun se faisait justice. Le pouvoir n'était pas encore centralisé. Ce que fera Henri IV pour mettre fin aux guerres de religion. Le territoire français est morcelé. Les seigneurs se partagent le pouvoir. Tout le monde se bat.»

Les essais, d'après Montaigne entame son voyage québécois après avoir été présenté une cinquantaine de fois en Belgique et en France l'an dernier. La tournée européene de Loup bleu, toujours aussi affamé, se poursuivra l'automne prochain, notamment en France et en Suisse.

Les essais, d'après Montaigne, au Théâtre d'Aujourd'hui, du 16 février au 6 mars.