L'approche de la belle saison est soulignée, pour la cinquième fois en six ans, par une comédie musicale mise en scène par Denise Filiatrault au Théâtre du Rideau Vert. Peut-être est-il encore trop tôt pour parler de la naissance d'une tradition, mais puisqu'il s'agit du Violon sur le toit, une histoire précisément articulée autour du thème de la tradition, c'est une audace que l'on ose se permettre.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Transporter un spectacle d'une telle envergure au Rideau Vert n'est pas une mince affaire, ce théâtre ne possédant pas la plus grande scène en ville. Avant d'y emménager, la famille de Tevye (Martin Larocque) a d'ailleurs subi des compressions. Père de cinq filles dans la version originale, il n'en a plus que trois dans celle de Denise Filiatrault: Zeitel (Lynda Johnson), Hodel (Émilie Josset) et Chava (Emily Bégin). L'aspect dramatique du spectacle n'en souffre pas: ce sont ces trois-là qui bousculent les valeurs de ce papa juif partisan des traditions.

En tout, la distribution compte 19 chanteurs, comédiens et danseurs. Ce qui est plus qu'assez pour que les artistes aient l'air à l'étroit sur scène lors du numéro d'ouverture. Tous paraissaient très concentrés sur leurs gestes et les minces ouvertures dans lesquelles ils devaient se faufiler. Les chorégraphies respireront certainement mieux une fois le spectacle déménagé à la salle Pierre-Mercure à la fin du mois de juin.

Cela dit, comme les danseurs, on apprivoise vite cet espace restreint. Ensuite, on s'abandonne facilement à ces airs qui ont fait leurs preuves, tout en admirant l'habileté avec laquelle interprètes, chorégraphe (Monik Vincent) et metteuse en scène sont parvenus à créer une espèce d'illusion de grandeur. Denise Filiatrault réussit au final un tour de force pas banal: celui de construire un «petit» spectacle à grand déploiement.

La scène chorale de la prière du sabbat est d'une grande beauté. Plusieurs numéros de danse sont franchement enlevants: la cuite dans le bar, le mariage et, bien évidemment, cette fameuse scène où des danseurs s'exécutent en tenant une bouteille de vin en équilibre sur leur tête. Signalons par ailleurs l'extravagant épisode du cauchemar de Tevye où, délicieux anachronisme, la défunte grand-mère s'appuie sur une marchette en inox!

Même si la force de ce Violon sur le toit tient moins à ses solos qu'à ses tableaux de groupe, il faut souligner les interprétations de Linda Sorgini (comique matrone) et d'Émilie Josset (juste et dotée d'une fort belle voix). Martin Larocque défend de manière convaincante le laitier Tevye bien qu'il lui manque ce fond d'intransigeance qui en ferait moins un papa gâteau tout bêtement dépassé qu'un homme véritablement déchiré entre son attachement aux valeurs ancestrales et le bonheur de ses filles chéries.

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Un violon sur le toit, jusqu'au 13 juin au Théâtre Rideau Vert et en supplémentaires à la salle Pierre-Mercure entre le 26 juin et le 18 juillet.