Cette année sera celle de Wajdi Mouawad pour le 63e festival d'Avignon, en juillet prochain; puisque, après des stars de l'avant-garde comme le Flamand Jan Fabre ou l'Italien Romeo Castellucci, le créateur libanoquébécois aura le titre prestigieux d' «artiste associé». Du coup, la programmation fera la part plus belle que d'habitude à des artistes libanais.

Louis-Bernard Robitaille LA PRESSE

Et à des créations québécoises : outre le metteur en scène Denis Marleau, vieil habitué d'Avignon, on verra CHS, une pièce de Christian Lapointe, des films de Rodrigue Jean (Homme à louer, Yellowknife), Un peu de tendresse, bordel de merde ! du chorégraphe Dave St-Pierre, la poétesse Renée Gagnon, la chorégraphe Lynda Gaudreau en compagnie de Clara Furey. L'affiche officielle du festival sera signée du Montréalais Lino.

 

« Il est clair que chaque année, l'artiste associé apporte à Avignon son éclairage propre, sa sensibilité, a dit, hier, à La Presse le codirecteur du festival, Vincent Baudriller, mais la programmation demeure en dernier ressort de notre responsabilité.» La codirectrice Hortense

Archambault, précise: «Les artistes associés ont été très différents d'une année sur l'autre, et nous en avons tenu compte. Avec Wajdi, il s'agit d'un certain retour au texte et à la narration. Avec souvent des réflexions sur le monde actuel et ses violences mais des réflexions complexes.»

Wajdi Mouawad est assuré de créer l'événement de ce 63e festival. Littoral, Incendies et Forêts, les trois premiers volets existants de ce qui doit être à terme un quatuor, seront joués en continu dans la Cour d'honneur : «De 22h30 à 6h30 du matin, précise Vincent Braudriller: toute une logistique en perspective!» Il faut remonter à l'intégrale du Soulier de satin de Claudel, il y a une quinzaine d'années, pour trouver un pari aussi fou. C'est dans un autre espace que Mouawad créera le quatrième et dernier volet Ciels de ce quatuor finalement baptisé Le Sang des promesses.

L'air d'un éternel étudiant, réservé et en même temps parfaitement à l'aise face à 150 journalistes et professionnels lors de la présentation de ce 63e festival, hier, Wajdi Mouawad a expliqué comment, au fil de ses passages à Avignon, il avait eu avec les patrons d'Avignon «de longues conversations à propos du théâtre et du texte». Un beau jour, ceux-ci lui ont dit : «Est-ce que tu n'as pas envie qu'on officialise un peu plus cette conversation?» Tel «un coup de tonnerre dans un ciel bleu!»

Pour lui, il s'agit d'un contrat « en totale liberté de part et d'autre». Mais sans nier le fait qu'il apporte sa sensibilité propre: «En France et ailleurs en Europe, il y a une méfiance visà- vis de la narration et de l'émotion, explique-t-il à La Presse. Sans doute parce qu'en Europe, l'émotion a été utilisée au XXe siècle par les totalitarismes. Aussi bien au Liban qu'au Québec, nous n'avons pas ce genre de prévention. Telle sera l'originalité de ma contribution.»