C’est un grand honneur, donné par des petits. La quête d’Albert, d’Isabelle Arsenault, a remporté jeudi le Prix des Écoles 2020 au Festival de la bande dessinée d’Angoulême, en France. Il s’agit de la première bande dessinée jeunesse québécoise primée à Angoulême, le principal festival de bédé francophone au monde.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Publiée à La Pastèque, La quête d’Albert présente un garçon qui en a assez du bruit, chez lui. Albert sort dans la ruelle, avec un livre. Un tableau de soleil couchant, abandonné parmi les déchets, l’envoûte… La douceur du trait d’Isabelle Arsenault fait des merveilles dans ce deuxième tome de la série La bande du Mile End.

« C’est la première fois que je suis récompensée par des enfants, dit Isabelle Arsenault, autrice et illustratrice de La quête d’Albert. C’est le fun d’être récompensée par des pairs. Mais quand ce sont des enfants qui sont touchés et qui choisissent le livre, c’est doublement satisfaisant. » Ce sont, en effet, les enfants de quatre écoles d’Angoulême qui élisent ce lauréat, parmi une liste de cinq œuvres présélectionnées.

Jeux de ruelle

La bande du Mile End a pris naissance dans les jeux des fils d’Isabelle Arsenault, il y a quelques années. « Après la garderie et l’école, ils allaient dans la ruelle retrouver leurs copains, raconte-t-elle. Pour moi qui n’ai pas grandi en ville, c’était presque inconcevable de s’épanouir dans un univers urbain. Mais ils s’amusaient avec rien. Un petit tas de branches pouvait devenir une jungle… Voir leur imagination prendre le dessus sur la réalité m’a inspiré cette série. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La quête d’Albert d’Isabelle Arsenault, publiée à La Pastèque, a remporté jeudi le Prix des Écoles 2020 au Festival de la bande dessinée d’Angoulême, en France. Il s’agit du 2e tome de la série La bande du Mile End.

C’est au crayon à mine, à l’encre et à l’aquarelle qu’Isabelle Arsenault travaille, dans un bureau aménagé chez elle. « Il y a plusieurs couches que j’assemble à l’ordinateur, décrit-elle. Je fais la coloration à l’ordinateur aussi. Après, je fais le montage des planches, avec les bulles, puis le texte et le design de la couverture. » En ce moment même, elle créée le troisième tome de La bande du Mile End, qui sera publié à l’hiver 2021.

Ce travail – et sa vie familiale – l’ont malheureusement empêchée de se rendre à Angoulême. « Dépenser de l’essence pour traverser l’océan, ça ne m’intéressait pas non plus », glisse-t-elle.

En lice pour un autre prix prestigieux

Peut-être ira-t-elle chercher le Prix Hans Christian Andersen 2020, le plus prestigieux prix international remis aux auteurs et illustrateurs jeunesse. Isabelle Arsenault fait partie des cinq illustrateurs en lice pour ce prix qui salue « une contribution importante et durable à la littérature pour enfants », selon le site de l’Union internationale pour les livres de jeunesse (IBBY). Le lauréat sera connu le 30 mars. « J’ai vu dans les gagnants passés Tove Jansson et Maurice Sendak, des grands noms de l’illustration, souligne Isabelle Arsenault. Je suis là, mais je ne crois pas que je vais être honorée… »

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La quête d’Albert

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La quête d’Albert

Disney à Sept-Îles

Née en 1978, Isabelle Arsenault a grandi à Sept-Îles, où sa famille fréquentait beaucoup la bibliothèque municipale. « Comme on était assez isolés, on recevait aussi des livres par la poste », se souvient-elle. C’était des albums de Disney. Son préféré ? « Je pense que c’était La Soupe au bouton avec Donald, répond-elle en rigolant. Ce n’était pas nécessairement de la grande littérature ou de l’illustration intéressante. Ce qu’on adorait, c’était le fait de se faire conter des histoires. Nos parents étaient toujours là pour nous encourager à lire et à dessiner. »

Aujourd’hui, les livres jeunesse illustrés par Isabelle Arsenault sont traduits dans plus d’une vingtaine de langues. En plus de la série La bande du Mile End, dont elle rêve de créer plusieurs autres tomes, l’artiste prépare un nouveau livre avec l’autrice Fanny Britt, à paraître cet automne à La Pastèque. Leurs précédentes collaborations, Jane, le renard et moi et Louis parmi les spectres, ont toutes deux été couvertes de prix, bien mérités.

Isabelle Arsenault accepte aussi des contrats des États-Unis – notamment pour un livre qui sera publié en 2022. Comment choisit-elle ses projets ? « Je suis assez sélective, répond-elle. Je travaille lentement. C’est dès que j’ai un coup de cœur…. Il faut vraiment que ça m’inspire, sans me répéter. Je veux essayer de faire évoluer ma démarche. Pour moi, ce ne sont pas juste des livres : c’est quelque chose que j’essaie d’exprimer à travers mes livres. Il faut que ça ait du sens dans ma création. »