Les produits financiers se multiplient, parfois plus vite que les besoins. Pour s'y retrouver, il est primordial d'être bien informé sur les questions financières.

Mis à jour le 24 oct. 2012
Jean Gagnon., collaboration spéciale LA PRESSE

À cet effet, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) tiendra une conférence internationale sur l'éducation financière les 31 octobre et 1er novembre à Carthagène, en Colombie.

Le Québec est aussi dans le coup. Le mois de la littératie financière sera lancé le 29 octobre à l'hôtel Delta Centre-Ville de Montréal.

Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier, Québec, participera à l'événement. Il y a deux ans, il a coprésidé le Groupe de travail sur la littératie financière, mis sur pied par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty.

M. Ménard rappelle que l'enseignement de l'économie a été abandonné dans les écoles secondaires du Québec. «C'est malheureux, car c'est à cet âge que les jeunes commencent à prendre de nombreuses décisions financières», dit-il.

Plusieurs d'entre eux ont commencé à travailler, souvent à temps partiel, et ils sont déjà des agents économiques - qui signent des contrats de téléphones cellulaires, par exemple - et qui sont exposés continuellement à la consommation et au crédit. «Trop souvent sans posséder les outils nécessaires», ajoute-t-il.

Mais le retour de l'enseignement de l'économie à l'école est peut-être pour bientôt. C'est du moins ce que souhaite le président de la BMO, qui participe actuellement à l'élaboration d'un projet impliquant le groupe de recherche Cirano, la grappe Finance Montréal et le ministère de l'Éducation.

Les efforts du groupe devraient déboucher sur un cours optionnel de 50 heures sur l'économie. On souhaite qu'un projet pilote soit lancé en 2013. Le montage financier devrait être terminé à la fin de l'année, nous dit-on.

L'Autorité des marchés financiers (AMF) joue également un rôle important sur le plan de l'éducation financière. L'objectif est d'accroître le coffre d'outils qui permettra à tous de prendre des décisions éclairées.

«Mais les institutions financières ont aussi un rôle important au niveau de l'éducation financière, précise Camille Beaudoin, directeur de l'éducation financière à l'AMF. Elles fournissent généralement une information bonne et appropriée.»

Il est cependant difficile d'ignorer que celles-ci jouent le double rôle d'éducateur et de vendeur de produits financiers. Il revient donc à chacun de s'informer sur les offres de produits.

L'AMF veut appuyer les institutions dans ce rôle d'éducateur. Elle met en place, sur son site internet, une section axée sur l'éducation financière, dans laquelle elle offre un lieu de partage et de diffusion d'information destiné à ces spécialistes.

Instruments de mesure

Le premier défi en matière de littératie financière est de mesurer les retombées. À cette fin, l'AMF vient de créer l'indice Autorité.

Cet outil mesure les connaissances des Québécois et l'adoption de comportements vigilants en matière de consommation financière. Il permet aussi de mieux cibler les consommateurs et d'adapter les outils éducatifs.

L'indice Autorité est établi à partir d'un sondage réalisé par la firme CROP auprès de 1500 personnes qui sont responsables de la gestion financière de leur ménage. Plusieurs thèmes sont scrutés, soit la gestion des finances personnelles, la gestion du crédit, les investissements et placements financiers, la relation avec un représentant, les produits d'assurance, le niveau de sensibilisation à la fraude, de même que la planification et la gestion de la retraite.

Les premiers résultats ont été publiés la semaine dernière. L'indice Autorité se situe à 58,5%.

«Ça veut dire que les Québécois connaissent et adoptent un peu plus de la moitié d'un ensemble de comportements vigilants, jugés essentiels par l'AMF pour gérer efficacement leurs finances personnelles, prendre des décisions financières éclairées et prévenir la fraude», explique Camille Beaudoin.

Depuis deux ans, la littératie financière a fait de grands pas en avant. «On se parle beaucoup, les spécialistes sont bien au fait des avantages, il faut maintenant embarquer le public», explique M. Beaudoin.

Si l'indice Autorité n'est pas plus élevé, c'est qu'il est le reflet d'une réalité sociale, explique Jacques Ménard, de BMO. «La pauvreté et l'analphabétisme existent encore au Québec», dit-il.

Responsabilité

Les notions financières sont souvent compliquées, et le consommateur peut facilement s'y perdre au moment d'évaluer la pertinence d'un produit. Mais cela n'en diminue pas moins sa responsabilité. «Il n'est pas essentiel de tout connaître, mais le consommateur doit développer le réflexe de poser les questions nécessaires à sa compréhension», dit M. Beaudoin.

L'enjeu principal est de faire en sorte que les consommateurs adoptent un comportement adéquat, souligne Marie-Line Landry, conseillère en littératie financière chez Desjardins. «Pour nous, il s'agit d'accompagner les gens quand ils en ont besoin», dit-elle.

Par exemple, qu'il s'agisse de l'achat d'une maison ou de la perte d'un emploi, il est important que les consommateurs comprennent qu'ils doivent réévaluer leur situation financière lorsqu'un tel événement survient, selon Mme Landry.

Desjardins donne un rôle prioritaire à l'élaboration du budget. Elle fournit aux membres, sur son site internet, un outil facile d'accès et d'utilisation.

L'institution financière a aussi son outil de mesure, l'Indice Desjardins de finances personnelles. Et ses résultats sont quelque peu troublants. Ils indiquent qu'en cas de pépin - une perte d'emploi, un accident ou une maladie -, seulement la moitié des répondants pourraient subvenir à leurs besoins pendant plus de trois mois sans avoir recours au crédit. Pis encore, 14% ne tiendraient pas un mois...