Ingénieurs : du laboratoire au marché

Marie Lambert-Chan

Collaoboration spéciale

La Presse

On les appelle «entreprises dérivées de la recherche». Elles sont créées par des professeurs ou des étudiants qui se passionnent pour la science et l'entrepreneuriat. En voici quatre qui, grâce à leur technologie conçue dans des facultés de génie, pourraient bien causer une petite révolution, que ce soit dans l'équipement biomédical, la robotique éducationnelle, l'emballage isotherme ou le transport électrique.

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Charles Vincent et James McGoff ont démarré leur entreprise Lifepack à Montréal.

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Lifepack s'attaque à un marché de 12 milliards

Depuis des années, la styromousse n'a plus la cote. Certains États, comme la Californie et le New Jersey, en ont même interdit l'utilisation. Cette mousse reste toutefois très prisée des industries devant transporter des produits sensibles à la température. Remplacer la styromousse dans les emballages isothermiques représente un marché de 12 milliards à l'échelle mondiale. Une occasion que comptent bien saisir Charles Vincent et James McGoff, cofondateurs de Lifepack.

«Pendant nos études en génie des matériaux à l'Université McGill, nous avons développé une technologie qui est 20% plus performante que les produits qui se présentent comme des solutions de rechange à la styromousse», explique James McGoff, directeur général. L'isolant de Lifepack est un mélange de sable et de verre recyclé, ce qui en fait un produit vert.

Démarrée à Montréal en 2013, l'entreprise a rapidement déménagé ses activités en Virginie. «Mais nous conservons des liens avec le Québec, précise Charles Vincent, directeur de la technologie. Nous faisons entre autres affaire avec Hermex Pharma Courrier, entreprise de transport et de livraison spécialisée dans le domaine pharmaceutique.»

Lifepack a récemment signé le plus gros contrat de sa jeune histoire avec HelloFresh, une des plus grandes entreprises de plats prêts à cuisiner livrés à domicile - un service populaire chez les Américains. «C'est une période très excitante pour nous», résume Charles Vincent.

Rémi Jarjour et Philippe Beauchamp ont fondé IngeniArts... (PHOTO JESSICA GARNEAU, ARCHIVES LA TRIBUNE) - image 3.0

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Rémi Jarjour et Philippe Beauchamp ont fondé IngeniArts pour commercialiser leur batterie électrocinétique.

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IngeniArts termine un premier financement

À l'Université de Sherbrooke, les étudiants à la maîtrise Philippe Beauchamp et Rami Jarjour ont créé une batterie électrocinétique destinée au secteur de l'électrification du transport. Elle est plus petite, plus légère, plus sécuritaire, plus performante, plus abordable et plus durable que celles qu'on retrouve actuellement sur le marché.

Pas question de laisser une telle trouvaille dormir sur les tablettes de l'université! Inséparables depuis leur baccalauréat, les deux compères ont obtenu un brevet mondial pour leur technologie avec l'aide de Maxime Dubois, professeur en génie électrique à l'Université de Sherbrooke. Puis, ils ont démarré leur entreprise IngeniArts.

«Notre plan d'affaires est fait, nous terminons notre première ronde de financement et nous avons trouvé des partenaires québécois et canadiens prêts à faire l'essai de notre produit», dit Philippe Beauchamp qui, avec son partenaire, ne vise rien de moins que l'international.

Le duo ciblera d'abord les véhicules industriels. «Notre technologie peut toutefois s'adapter à tous les véhicules électriques et hybrides, nuance Rami Jarjour. Le déploiement des premières batteries est prévu pour la fin de 2015.

IngeniArts se démarque déjà depuis quelque temps: en juin, ses fondateurs ont remporté une bourse Pierre-Péladeau de 50 000$ et en septembre, ils ont décroché un prix au gala Forces Avenir dans la catégorie Entrepreneuriat, affaires et vie économique.

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Ilian Bonev et Jonathan Coulombe, respectivement conseiller scientifique et président de Mecademic.

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Mecademic livrera bientôt ses premiers robots

Pour enseigner et faire de la recherche en robotique, ça prend... des robots! Les universités font toutefois face à un dilemme cornélien. Le marché leur offre des robots éducatifs dont la qualité laisse à désirer ou des robots industriels qui ont fait leurs preuves, mais qui sont encombrants, compliqués à utiliser et souvent chers - entre 20 000 et 30 000$.

«Il y a un vide dans le marché», constate Jonathan Coulombe, étudiant à la maîtrise à l'École de technologie supérieure (ETS). Il a créé son entreprise Mecademic pour offrir aux universités des robots éducatifs abordables de qualité industrielle.

Mecademic arrive au bon moment. «Les ventes de robots industriels sont en expansion, remarque Ilian Bonev, professeur à l'ETS et conseiller scientifique pour Mecademic. Plusieurs entreprises en démarrage tentent de s'imposer sur le marché avec des petits robots à faible coût.»

Le robot éducatif DexTAR est le premier produit de Mecademic. Vendu 6999$, il est surtout destiné à l'enseignement de la robotique. Des professeurs de France et des États-Unis l'ont déjà commandé. La première livraison se fera dans les prochaines semaines. «Un deuxième produit suivra dans un avenir indéterminé: un bras robotique plus polyvalent que DexTAR à utiliser aussi bien en classe qu'en laboratoire pour de véritables tâches industrielles», indique Jonathan Coulombe.

Caroline Boudoux et Nicolas Godbout, professeurs à Polytechnique... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 5.0

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Caroline Boudoux et Nicolas Godbout, professeurs à Polytechnique Montréal, ont cofondé Castor Optics.

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Castor Optics entre en phase de production

On associe généralement l'endoscopie à la pilule-caméra. Bientôt, on parlera plutôt de fibre optique. Caroline Boudoux et Nicolas Godbout, professeurs à Polytechnique Montréal, ont conçu un coupleur de fibre optique qui, ajusté aux besoins de l'imagerie médicale, permet d'extraire 100 fois plus de signal qu'une fibre optique fabriquée pour les télécommunications. «Notre technologie a le potentiel d'améliorer le diagnostic du cancer et des maladies inflammatoires», estime Mme Boudoux.

Pour commercialiser leur découverte, les chercheurs ont fondé Castor Optics. Ils visent surtout le marché biomédical. «L'intérêt est déjà énorme, affirme Caroline Boudoux. On reçoit des appels de partout dans le monde.»

Castor Optics entre bientôt en phase de production et prévoit une mise en marché pour le début de l'année 2015. L'entreprise a bénéficié d'un financement de 450 000$ provenant d'Univalor, société de valorisation de la recherche de l'Université de Montréal, de l'entrepreneur québécois Normand Brais et de l'équipementier américain Thorlabs. Celui-ci fabriquera et distribuera le coupleur à partir de sa filiale canadienne installée à Montréal. En activité depuis mai dernier, Thorlabs Canada prévoit d'embaucher de 40 à 50 personnes au cours des trois prochaines années.

Caroline Boudoux et Nicolas Godbout n'en resteront pas là: ils comptent développer des «saveurs» de coupleurs de fibre optique pour l'endoscopie, chacun adapté aux différents organes du corps humain.




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