Les tout premiers ingénieurs en aérospatiale formés au Québec entreront sur le marché du travail au printemps. Déjà, les entreprises se les arrachent.

Mis à jour le 24 févr. 2012
Gabrielle Duchaine, collaboration spéciale LA PRESSE

Si tout va bien, Alexis Dugré recevra son diplôme d'ingénieur en aérospatiale en mai prochain. Il sera l'un des quelque 20 premiers Québécois à pouvoir porter un tel titre.

«Je suis très fier de faire partie de ce groupe», dit le jeune homme, véritable passionné d'aviation. «Nous avons goûté à l'aérospatiale tout au long de nos études et nous sommes maintenant prêts à travailler dans le domaine. Nous sommes une nouvelle génération d'ingénieurs.»

Contrer la pénurie

À la demande de l'industrie, l'école Polytechnique a mis sur pied en 2009 le premier programme de génie en aérospatiale au Québec. Quatre ans plus tard, les diplômés sont attendus avec impatience. «La plupart ont déjà reçu des offres», se félicite le directeur du Département de génie mécanique et responsable de la formation en aérospatiale, Sylvain Turenne.

Selon des prévisions d'Industrie Canada, les deux tiers des ingénieurs d'entretien d'aéronefs qui sont aujourd'hui au travail auront pris leur retraite d'ici 2016. «Et avec tous les projets qui sont sur le feu en ce moment, comme la CSerie de Bombardier, on a des besoins importants en ingénierie», explique Éric Edström, chargé de projet au Comité sectoriel de main-d'oeuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).

Le BAC en génie de l'aérospatiale tombe à point. Assez pour que des multinationales aient participé à sa mise en oeuvre. Par exemple, Bombardier Aéronautique a contribué à l'élaboration du programme alors que Bell Helicopter fournit des spécialistes qui assurent des charges d'enseignement. Ils y ont tout intérêt. Selon le CAMAQ, l'industrie embauchera 2500 personnes cette année, dont plusieurs ingénieurs. Autant soient-ils bien formés.

«La demande pour des employés spécialisés est très forte», confirme M Turenne. À cet effet, près de la moitié de la formation des futurs ingénieurs en aérospatial est dédiée à ce sujet. Avant 2009, les étudiants désireux de se spécialiser dans le domaine devaient le faire dans le cadre de leurs études en génie mécanique ou en passant par la maitrise. Une formation plus rapide et plus pointue s'imposait.

«Montréal est un centre important de l'industrie aérospatiale à l'échelle mondiale. C'était un peu paradoxal qu'on n'ait pas de programme spécialisé dans ce domaine», note M.Turenne. L'industrie de l'aérospatiale au Québec compte 215 entreprises installées dans 12 régions différentes, dont la majorité se trouve dans la grande région métropolitaine. À elles seules, ces firmes représentent 60% de l'activité de l'industrie canadienne avec des ventes de plus de 12 milliards par année.

La crème de la crème

Le secteur en pleine ébullition attire les foules. «C'est fascinant comme domaine», note un étudiant de Polytechnique, Alexandre Dutil, 23 ans, qui doit finir en décembre après un troisième stage en quatre ans. «J'ai toujours rêvé de comprendre comment volent les avions.» Alexis Dugré parle avec la même passion. «Tout ce qui vole m'a toujours intrigué», dit-il. Il n'est pas le seul.

Depuis qu'elle a ouvert son nouveau programme, l'institution reçoit quelque 180 demandes d'inscription par année. L'établissement ne retient que les 60 meilleurs postulants. «Nos étudiants sont des premiers de classe. Ils ont de très bons résultats et performent durant leurs stages. Nous recevons de très bons commentaires de la part des entreprises», dit le directeur du département de génie mécanique de Polytechnique.

Et c'est tant mieux. Quelle que soit la profession, l'aérospatiale n'embauche que la crème de la crème, prévient Éric Edström. «Dans le ciel, il n'y a pas de garage à tous les trois coins de rue en cas de problème mécanique, dit-il. On doit être parfait.»