De 25 à 35 ans, on commence sa carrière et on fait ses premiers gros sous. C'est le moment de commencer à économiser. Le REER est alors rentable, mais le CELI aussi. Que faire ? Pour de nombreux jeunes professionnels, le CELI est souvent préférable. Voici pourquoi.

Publié le 15 févr. 2016
Simon Lord LA PRESSE

« En mai dernier, ma conjointe et moi nous sommes lancés dans l'aventure de l'achat de notre première maison, à L'Île-Perrot », raconte Jean-Philippe Tassé-Trottier, un analyste financier qui fêtera ses 25 ans ce mois-ci.

L'argent pour la mise de fonds, ils l'ont puisé dans l'épargne accumulée dans leur compte d'épargne libre d'impôt (CELI).

Mais pourquoi avoir choisi d'économiser au moyen du CELI plutôt que dans un REER, ce qui leur aurait permis de profiter du Régime d'accession à la propriété (RAP), ou même dans des investissements non enregistrés ?

« J'ai passé beaucoup de temps à me questionner là-dessus, pour savoir ce qui serait le mieux pour moi », admet Jean-Philippe.

Comme il a étudié en comptabilité et qu'il fait actuellement un MBA, il a eu le réflexe de taper quelques chiffres sur sa calculette.

Au bout du compte, ses calculs lui ont indiqué de privilégier le CELI et d'accumuler ses cotisations au REER en prévision des années où il fera un meilleur salaire.

L'explication : puisque cotiser au REER permet de payer moins d'impôt, il a préféré garder ses cotisations pour les utiliser dans 10 ans. Il fera alors peut-être 100 000 $, s'il joue bien ses cartes professionnelles, et son taux d'imposition sera bien plus élevé. Utiliser ses REER sera donc plus rentable à ce moment-là.

« Je trouvais que le CELI était un bon moyen de faire des placements tout en évitant de payer de l'impôt sur l'intérêt », dit Jean-Philippe.

STRATÉGIQUE

Le planificateur financier Denis Jacques, du Groupe Ethika, à Sainte-Julie, estime qu'une telle stratégie est très sensée. « En dessous de 40 000 $, le REER n'est pas nécessairement intéressant », dit-il. En début de carrière, donc, il vaut souvent mieux privilégier le CELI. Une fois que le salaire augmente, on peut tout déplacer dans le REER.

Si, par exemple, un épargnant place 1000 $ dans son CELI aujourd'hui, cette somme croîtra à l'abri de l'impôt pour les années à venir. Si le total atteint, disons, 1500 $, cette somme peut ensuite être virée dans un REER.

L'épargnant obtiendra alors un remboursement d'impôt sur 1500 $ plutôt que sur les 1000 $ qu'il aurait économisés en REER.

« Plus généralement, je conseillerais aux jeunes d'utiliser le CELI pour épargner pour une voiture, par exemple, pour des électroménagers ou encore pour amasser un coussin de sécurité », dit Denis Jacques.

Le CELI présente aussi l'avantage d'être flexible : on peut retirer l'argent économisé à n'importe quel moment. Attention, toutefois, car cette flexibilité est un couteau à double tranchant. Il faut ainsi une meilleure discipline pour parvenir à épargner.

« Les jeunes ont toujours besoin d'argent. S'ils choisissent plutôt le REER, ils auront parfois moins tendance à toucher à leur épargne parce qu'il y a un impact fiscal à le faire. » n- Denis Jacques, planificateur financier au Groupe Ethika

Ça fait plus mal au portefeuille.

Jean-Philippe, le nouveau propriétaire, n'a toutefois pas eu de problème de discipline.

Non seulement n'a-t-il pas utilisé toute son épargne pour la mise de fonds, mais il continue aussi aujourd'hui d'économiser de 2 à 5 % de son salaire annuel, qu'il verse dans le CELI.

Sa conjointe et lui se servent maintenant de ce compte d'épargne pour économiser à moyen ou long terme. Ils pourraient utiliser l'argent pour des rénovations, par exemple, mais également pour la retraite. « Ma conjointe a un fonds de pension chez son employeur, mais pas moi », dit Jean-Philippe.

Il doit donc commencer à planifier ses finances s'il veut vivre confortablement lorsque les années de travail seront derrière lui. Le CELI est tout indiqué pour l'instant. Dans son entourage, il observe toutefois que les jeunes ne se posent pas toujours la question de savoir si le CELI leur convient.

« Pour beaucoup, le REER, c'est la première option. Ils veulent le remboursement d'impôt », dit Jean-Philippe.

« Mais pour un jeune professionnel qui gagnera beaucoup plus durant sa carrière, privilégier le CELI est une bonne stratégie. »

EN CHIFFRES

880 000

Nombre de Canadiens de 25 à 29 ans titulaires de CELI

860 000

Nombre de Canadiens de 30 à 34 ans titulaires de CELI

48 000

Nombre de Canadiens de 25 à 29 ans titulaires de CELI ayant maximisé leurs cotisations

53 000

Nombre de Canadiens de 30 à 34 ans titulaires de CELI ayant maximisé leurs cotisations

Source : Statistique Canada, 2015