La venue imminente d’un important terminal de conteneurs à Contrecœur, à deux pas de Sorel-Tracy, va forcément insuffler une nouvelle dynamique dans la région. Mais qui en profitera et quelles conséquences le mégaprojet aura-t-il dans cette région stratégique du nord de la Montérégie ? Rappel en trois temps du projet, de ses éventuelles retombées et des défis qu’il représente.

Publié le 6 juin
Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Le projet

À l’étroit sur son site actuel, le Port de Montréal investira entre 750 millions et 1 milliard pour prendre de l’expansion. Et c’est à Contrecœur, à 45 minutes au nord-est de Montréal, sur un terrain de 468 hectares (dont 4 km de berges sur le bord du Saint-Laurent), que cette nouvelle phase prendra forme. Baptisé Terminal de Contrecœur, l’endroit s’occupera, à terme, de la manutention d’environ 1,15 million de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) par année. Près de 8000 personnes travailleront à la construction du terminal à partir de 2023. Une fois en service, à la fin de 2026, on prévoit la création de 1200 postes bien rémunérés. Quelque 1500 camions transiteront quotidiennement par le terminal, lequel comptera, entre autres, deux postes à quai, une aire de manutention de conteneurs et une cour ferroviaire intermodale.

Emplois et retombées

La région de Sorel-Tracy est, comme plusieurs autres, frappée par la pénurie de main-d’œuvre. Pourvoir 1200 emplois posera-t-il problème ? « Ça ne devrait pas toucher les entreprises comme la nôtre qui ont des emplois spécialisés. Je pense plutôt que ce sont des gens de l’extérieur qui vont venir vivre dans la région », explique Éric Durand, président et actionnaire majoritaire des deux usines d’Aciers Sorel et d’Usinages St-Laurent. Les deux PME, totalisant 140 employés, font déjà affaire avec le port de Montréal et le port de Contrecœur (mais pour du vrac, dans ce dernier cas). La suite des choses est donc prometteuse, croit-il. « Le pôle le long de l’A30 est en train de se remplir jusque chez nous, ajoute M. Durand. Je vois donc les 15 à 20 prochaines années d’un bon œil. » Carlo Fleury, directeur général de Sorel-Tracy, n’y voit que des avantages pour la ville. « Que ce soit des entreprises manufacturières, des entrepreneurs généraux, des entreprises de services ou des commerces, c’est un projet majeur qui va avoir beaucoup de retombées dans la région. »

L’immobilier

Le prix moyen d’une maison est d’environ 300 000 $ à Sorel-Tracy, estime Yannick Caisse, courtier immobilier depuis 17 ans. « Je le dis aux gens : c’est encore le temps d’acheter », lance-t-il. Selon lui, le manque actuel de logements, de maisons existantes, voire de maisons neuves, a exercé une pression sur le marché immobilier local au cours des dernières années. Bref, la demande dépasse largement l’offre. L’entrepreneur Éric Durand ne peut que le confirmer. « Ça va assez bien pour le recrutement, confirme-t-il. J’ai de nouveaux travailleurs ukrainiens et colombiens. Le problème, c’est que je n’ai pas d’endroit où les loger. » L’arrivée d’un terminal à Contrecœur pourrait donc bouleverser le marché, croit-il. Selon un important propriétaire immobilier désirant conserver l’anonymat, les taux d’inoccupation étaient tellement élevés ces dernières années à Sorel-Tracy que personne ne voulait construire des unités de plus de quatre ou six logements. Luc Martel, DG de la Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy, se dit néanmoins « super optimiste » pour la suite des choses. « L’offre commerciale est à Sorel, dit-il. Les employés du terminal vont forcément venir s’établir ici. Si ce n’est pas en ville, ce sera dans les petits villages des environs. Le terminal va rendre la région encore plus attrayante. »