Capter le dioxyde de carbone (CO2) produit par des industries et y ajouter de l’hydrogène pour créer du carburant d’avion à faibles émissions de CO2. Un rêve un peu fou ? Daria Camilla Boffito, professeure au département de génie chimique de Polytechnique Montréal, travaille à ce que ce rêve devienne réalité avec le Consortium SAF+ qui comprend notamment Airbus, Air Transat et Aéroports de Montréal.

Publié le 24 mai
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

Q. Quels sont les défis de votre travail de recherche dans ce projet ?

R. Les partenaires industriels s’occupent de capter le CO2, puis mon équipe y ajoute de l’hydrogène qui normalement doit être produit avec de l’électricité renouvelable. Cela nous donne un gaz de synthèse. Puis, dans une deuxième étape, on y ajoute encore plus d’hydrogène pour produire le carburant d’avion. Ce n’est pas facile. Il faut trouver un catalyseur très performant. Il y a aussi des défis thermodynamiques, c’est-à-dire sur le plan de la pression et de la température. La première étape de la réaction se fait souvent à très haute température, soit environ 1000 °C, mais nous essayons de la réduire. Puis la deuxième étape peut se faire à une température plus faible, soit environ 200 °C. Nous travaillons aussi à améliorer la conception du réacteur, donc sa géométrie, sa taille, etc.

Q. Le gouvernement finance cette recherche, plusieurs entreprises se sont aussi jointes au consortium. Sentez-vous un réel enthousiasme pour ces travaux, alors que la commercialisation est prévue pour 2025 ?

R. Oui, il y a un réel intérêt pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous essayons de fabriquer un produit final avec une réelle valeur ajoutée. Nous regardons donc toute l’analyse du cycle de vie du combustible. Parce que même si le procédé capte du CO2, si le procédé utilisé pour créer le combustible en émet plus, ça ne vaut pas la peine d’aller de l’avant ! Mais nous avons calculé que notre carburant d’avion aura une empreinte carbone de 80 % inférieure à celle d’un carburant classique.

Q. Avez-vous d’autres pistes de solution pour trouver des carburants verts ?

R. Oui. Avec mon collègue Gregory Patience, aussi de Polytechnique Montréal, nous souhaitons capter le méthane qui s’échappe des puits de pétrole. En ce moment, l’industrie le capte et le brûle pour qu’il soit transformé en CO2 qui émet moins de gaz à effet de serre que le méthane. Mais nous voulons prendre le méthane pour le transformer en combustibles qui pourraient servir pour les voitures, les avions, etc.

Q. Pourquoi avez-vous choisi ce champ de recherche ?

R. Le génie chimique représente une portion des projets que je réalise. Je suis aussi active dans le génie biomédical et dans le génie des matériaux. Je fais vraiment plusieurs choses avec mon équipe de recherche, qui compte 36 personnes, nos 11 partenaires industriels et nos 25 sources de financement. J’ai choisi d’étudier en chimie parce que j’aime sentir que j’ai le pouvoir de prendre de la matière, de la détruire et de la recomposer dans quelque chose d’autre. Le fait de pouvoir contribuer à l’innovation, au progrès, est aussi très stimulant.