Pierre-David Paquette est un homme de défis. Ingénieur et vice-président éoliennes chez Marmen, il est au cœur du développement de la filiale dans la province et s’affaire actuellement à la construction d’une usine de fabrication d’éoliennes destinées à la haute mer. Un projet de 325 millions au port d’Albany, dans l’État de New York, qui devrait être terminé d’ici au début de 2024.

Publié le 24 mai
Julie Roy Collaboration spéciale

« On ne peut pas installer des éoliennes en haut des gratte-ciel, le seul endroit possible, c’est l’océan. Ces éoliennes sont deux fois et demie plus grandes que celles construites à Matane. Cela demande une expertise supplémentaire, on revient quasiment à nos débuts. C’est pour cette raison que nous nous associons à l’entreprise norvégienne Equinor et à la danoise Welcon pour mener le tout à terme », explique Pierre-David Paquette.

Des turbines aux éoliennes

Cela fait 20 ans que ce diplômé en ingénierie de l’ETS gravit les échelons de l’entreprise familiale Marmen. Au début de sa carrière, toutefois, rien ne le destinait à être un acteur de cette révolution verte. « Je travaillais dans le domaine de la construction, c’est un ami qui m’a contacté pour me dire qu’on cherchait un employé chez Marmen. Je suis originaire de Shawinigan, je passais devant cette énorme usine, mais je ne savais pas trop ce qu’on y fabriquait et je ne connaissais pas grand-chose à l’usinage », se souvient-il.

C’est donc le hasard qui a amené l’homme de 48 ans à faire ses premiers pas dans cette entreprise de Trois-Rivières. « Au début, on fabriquait des turbines. On faisait toutes les pièces et c’est ce que j’aime… cet aspect découverte mêlé avec le lien avec les clients. »

Les débuts de la filière éolienne

En 2004, les patrons de Marmen lui offrent une chance unique, celle de gérer la construction de la première usine destinée à la fabrication d’éoliennes à Matane. Le jeune homme part pour ce qu’il croit être une période de 10 à 12 mois.

J’avais la chance de réaliser quelque chose qui n’avait jamais été fait ici, soit de participer au mouvement de l’énergie verte, mais personne ne savait comment faire.

Pierre-David Paquette, vice-président éoliennes chez Marmen

De la fabrication en usine de ces énormes structures à leur installation, en passant par leur transport, tout est nouveau à l’époque. « C’était une grosse affaire. Je suis passé de la gestion de la construction au poste de directeur d’usine. En tout, je suis resté là-bas 5 ans et 10 mois. »

Recréer Matane au… Dakota du Sud

Peu après son retour en 2011 à Trois-Rivières, on ne tarde pas à lui confier un nouveau défi. Celui d’établir une usine au Dakota du Sud dans un bâtiment construit, mais vide. « C’était une usine sans équipement. On a dû repenser notre façon de faire. Étant donné que Matane était la meilleure usine de fabrication d’éoliennes au monde, on a refait là-bas l’usine à l’image de Matane. »

PHOTO SYLVAIN MAYER, LE NOUVELLISTE

Pierre-David Paquette chez Marmen Trois-Rivières, en compagnie de Philippe Brouillette, mécanicien (à gauche), et d’Eric Doucet, superviseur (à droite)

L’amour de ces énormes structures

Pierre-David Paquette aime par-dessus tout passer devant ces énormes structures que sont les éoliennes. Il les trouve belles, droites avec leur mouvement lent. Il est conscient que fabriquer ce type d’équipement n’est pas entièrement vert. « C’est une activité industrielle qui nécessite de l’acier, de la peinture, etc., mais je crois qu’il faut penser au résultat final. » Il ne tarit pas d’éloges envers ceux qui façonnent ces géantes de métal. « On ne peut pas robotiser la chaîne de fabrication en entier. Il nous faut des humains qui sont dans ce cas de véritables artistes. Ils apportent une contribution incroyable à notre société grâce à leur savoir-faire », estime-t-il.

Les défis de demain

Un savoir-faire qu’il n’est pas facile de préserver, surtout lorsqu’on est tributaire des aléas du marché. L’usine de Matane a d’ailleurs dû fermer ses portes de juillet 2021 jusqu’en février dernier. « Il y a eu un trou dans la demande. Nous avons recommencé, mais c’est un défi de reformer de nouvelles personnes, car il s’agit de procédés complexes avec de l’acier épais. »

Optimiste, Pierre-David Paquette est persuadé que l’entreprise va se maintenir malgré la compétition internationale. Elle a encore plusieurs atouts dans sa manche et continue sans cesse d’améliorer ses procédés pour demeurer parmi les meilleurs au monde. « Nos yeux sont grands ouverts et d’autres projets sont sur la table à dessin », conclut-il.