La planète connaît depuis plusieurs mois une pénurie de blé, dont le prix ne cesse de grimper. Pour la Boulangerie St-Méthode, qui fait son pain uniquement à partir de blé québécois certifié sans OGM, cette quête de la céréale et d’autres ingrédients de base est devenue l’enjeu numéro un.

Publié le 11 mai
Caroline Rodgers Collaboration spéciale

« Dans le passé, il y a eu des pénuries, mais nous n’avions jamais eu autant de difficulté à nous assurer d’un approvisionnement, dit Benoît Faucher, président. Le prix du blé a plus que doublé, et celui de l’huile végétale a augmenté de 40 % à 70 %. Et ce n’est plus seulement une question de prix, mais bien de savoir si on va pouvoir en trouver. »

Les calamités s’accumulent

Au supermarché, le prix de presque tous les aliments a fortement augmenté depuis un an. Une partie de l’augmentation des coûts est forcément refilée au consommateur.

Ces ruptures de stock ont commencé bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Déjà, l’automne dernier, l’approvisionnement était difficile en raison de mauvaises récoltes dues aux changements climatiques et aux sécheresses.

PHOTO MATHIEU BÉLANGER, ARCHIVES LA PRESSE

Benoît Faucher, président de la Boulangerie St-Méthode

Le fait de s’approvisionner et d’être certifié sans OGM complexifie les choses. Cela devient de plus en plus difficile de s’approvisionner en farines uniquement au Québec. Nous sommes la deuxième plus grande boulangerie au Québec et le plus important producteur de pains à grains.

Benoît Faucher, président de la Boulangerie St-Méthode

Au Québec, un pain tranché sur quatre provient de la Boulangerie St-Méthode, mais un pain à grains sur deux l’est, selon l’entreprise.

Un appel aux agriculteurs

Pour l’instant, la boulangerie, qui existe depuis 75 ans et s’est démarquée de la concurrence par ses produits distinctifs tels que le pain aux neuf grains, au quinoa ou à l’avoine entière, ne compte pas pour autant changer ces caractéristiques. Elle tente plutôt de convaincre les agriculteurs du Québec de cultiver plus de blé et d’autres grains nécessaires à ses activités.

« On lance un cri du cœur aux agriculteurs québécois, dit Benoît Faucher. Cela fait 10 ans que nous utilisons seulement du blé du Québec et nous voulons que ça continue. Nous avons fait des démarches auprès des coopératives, mais les résultats ne sont pas encore au rendez-vous. C’est un travail à long terme. Il n’y a pas encore de ruptures, mais nous avons des frais d’exploitation plus élevés. Auparavant, on avait une personne à temps partiel aux achats. Maintenant, nous avons deux employés à temps plein pour sécuriser nos approvisionnements. »

De plus, sur le plan des approvisionnements, la farine ne peut pas être stockée plus de deux jours à l’avance.

Selon le président, la situation de rareté des ingrédients de base n’est pas près d’être réglée. « On s’attend à ce que cela dure encore au moins deux, voire trois ans. »

La clé de leur succès

« Nos innovations et les nouveaux produits que l’on développe à long terme, comme notre pain Grand-Mère à l’orge malté que l’on a mis au point à long terme avec une malterie, sont la clé de notre succès. On développe des goûts qui n’existaient pas dans le passé. C’est une autre façon de faire du pain tranché », estime Benoît Faucher, président de la Boulangerie St-Méthode.