Plus que jamais depuis le début de la pandémie, les besoins de financement des entreprises québécoises sont grandissants. Mais encore faut-il trouver des partenaires disposés à injecter du capital de risque, garantir des prêts bancaires, faire de l’accompagnement. Radiographie d’un dossier de financement concluant.

Publié le 15 février
Yvon Laprade
Yvon Laprade Collaboration spéciale

« On avait besoin d’un coup de main pour passer à la prochaine étape », résume Toby Gauld, président fondateur d’Optima Aéro, à Belœil.

Ce « coup de main » est d’abord venu d’Investissement Québec. Puis il y a eu le Fonds régional de solidarité FTQ, Desjardins Capital, la Banque de développement du Canada (BDC) et Exportation et développement Canada (EDC).

Et pourquoi avoir eu recours à autant de partenaires financiers ?

« De par la nature de nos activités [la PME achète des hélicoptères en fin de vie pour les reconditionner et revendre les pièces], ça nous prend une bonne marge de manœuvre, je dirais même une solide marge de crédit, afin de nous acquitter de nos obligations. »

Question de confiance

L’ingénieur à la tête de l’entreprise de 20 employés, fondée en 2010, concède que cette approche pour assurer son financement comporte des éléments à la fois positifs et négatifs.

« Le côté positif, pointe-t-il, c’est que ça crée un climat de confiance. Puisque tout le monde est là, ça leur envoie le signal que les risques ainsi partagés sont diminués d’autant. »

Et l’aspect négatif ?

« Ça signifie que je dois négocier avec plusieurs intervenants, plusieurs institutions [financières] qui ont des processus différents, soumet-il. Ça pose un gros défi de communication [et d’arrimage]. »

Ce n’est pas sans raison qu’il s’apprête à tenir des « appels trimestriels » avec ses prêteurs. « C’est important de les tenir informés de l’évolution de nos projets, des rendements qu’on peut générer », expose-t-il.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

Toby Gauld, président d’Optima Aéro

Notre chiffre d’affaires va passer de 18 à 25 millions en 2022. Nous allons bientôt prendre de l’expansion en Europe. Nous voulons rayonner davantage à l’international.

Toby Gauld, président fondateur d’Optima Aéro

Volumes doublés

Chose certaine, ce modèle d’affaires correspond en tous points à la vision d’Investissement Québec, relève son premier vice-président au financement corporatif, Alexandre Sieber.

Il est même fortement question que le bras financier du gouvernement prenne une participation (de 15 % à 30 %) au sein de l’entreprise, d’ici à la fin de 2022.

« C’est en évaluation, confirme-t-il. C’est un secteur porteur. Il y a là un entrepreneur qui a une grande capacité d’exécution, qui sait comment s’y prendre pour atteindre ses objectifs. On va mettre le paquet pour l’aider à les atteindre. »

Le premier vice-président insiste d’ailleurs sur l’importance d’injecter « du capital direct » et d’« accompagner » les entreprises québécoises qui ont des projets de croissance, comme c’est le cas pour Optima Aéro.

Pas étonnant que depuis deux ans, Investissement Québec ait doublé le nombre de ses interventions à ce chapitre.

« Dans la tourmente liée à la pandémie, rappelle Alexandre Sieber, nous avions un objectif d’aider les entreprises à traverser la tempête. Nous avons donné un coup de barre. Nous nous sommes impliqués davantage. »

Aussi, au cours du dernier exercice financier terminé le 31 mars 2021, le montant des interventions a atteint 4,5 milliards.

« On pense qu’on ira au même rythme en 2022, avance le premier vice-président. Les conditions sont nettement plus favorables avec une économie qui roule à fond. »

Ce n’est pas Toby Gauld qui va le contredire.

« Cette année, on prévoit acheter une bonne quinzaine d’hélicoptères partout dans le monde, évalue-t-il sommairement. L’an dernier, c’était neuf appareils. »

Il veut ainsi profiter de la demande, « très forte », pour les pièces d’hélicoptères remises à neuf, entre autres les moteurs et les injecteurs.

« C’est ce que nous faisons de mieux, dit-il, valoriser ces pièces pour les revendre. Ça s’inscrit dans une optique de développement durable. C’est bon pour l’environnement. »

Et où trouve-t-il tous ces hélicos qui ont volé pendant une vingtaine d’années avant d’être remisés ?

« Un peu partout dans le monde, aux États-Unis, en Espagne, en France, en Suède, en Autriche et au Kazakhstan », énumère-t-il.