Malgré deux années sur le marché du travail, l’ingénieure Amanda Hébert n’a toujours pas connu une semaine de travail hors de l’université. La diplômée de Polytechnique doit donc redoubler d’efforts pour comprendre les rouages de son entreprise, créer des liens avec ses collègues et faire sa place.

Publié le 25 janvier
Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Après l’obtention d’un baccalauréat en génie physique, la jeune femme a conclu son parcours à la maîtrise en génie électrique en janvier 2020. Alors qu’elle donnait un cours durant la session d’hiver, elle prévoyait partir au Pérou durant l’été pour un voyage de solidarité internationale.

Évidemment, la pandémie a changé ses plans. Au lieu de rêver à l’Amérique du Sud, elle s’est mise à chercher un emploi. Rapidement, elle a trouvé chez RETScreen Software. « Au début, je trouvais ça agréable de travailler à distance, car le bureau est à Varennes et je demeurais à Montréal. »

Les inquiétudes n’ont toutefois pas tardé. « Je suis quelqu’un d’assez sociable, alors c’était difficile de ne pas rencontrer mes collègues pour créer des liens. » En effet, les échanges se limitaient aux courriels, aux conversations écrites sur Slack et aux visioconférences sur Zoom. Et ce, sans connaître la personnalité de ses interlocuteurs.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Amanda Hébert, ingénieure

Je n’avais aucun support visuel pour savoir comment interagir avec eux. J’ai fini par connaître les gens, mais ça nous a pris six mois pour parler de choses informelles. Inévitablement, ça crée un moins grand attachement au travail.

Amanda Hébert, ingénieure

Imaginez vivre cette situation dans un appartement avec deux colocataires, dont un musicien. « On était deux à travailler dans le salon. Lorsqu’on avait une réunion, il fallait aller dans la chambre et travailler sur le lit. Mon ordinateur personnel n’allait pas très bien. Disons que ça a beaucoup accéléré le projet d’achat de maison. »

Le déménagement, en janvier 2021, n’a cependant pas effacé tous les écueils. « En télétravail, on est centré sur soi. C’est difficile d’avoir une idée d’ensemble, de voir ce que les autres font et comment la compagnie avance. C’est démotivant de ne pas voir l’effet d’une tâche que tu accomplis. »

Puisque le party de Noël a eu lieu sur Zoom et qu’elle a quitté l’entreprise quelques mois plus tard, Mme Hébert n’a jamais rencontré ses collègues. En mai 2021, elle a commencé un nouvel emploi chez Quaze Technologies, une jeune pousse où elle avait effectué son stage. « Quand je les ai contactés en mars, ils étaient en recherche active de bureaux et je trouvais ça l’fun de pouvoir enfin travailler avec des gens. »

Finalement, la pandémie les a poussés à attendre un prochain tour d’investissements pour s’offrir des bureaux. « Ça ne valait pas la peine de payer un local s’ils ne pouvaient pas y aller. »

Résultat : elle travaille encore à distance. Dans sa maison. Avec des collègues qu’elle a côtoyés durant sa maîtrise. « Heureusement, je les connais et je sais comment ils fonctionnent. »

N’empêche, la validation des patrons est moins facile à obtenir à distance. « Comme ils ne peuvent pas observer comment je suis en personne, j’ai l’impression qu’ils ne peuvent pas voir mon plein potentiel. Je dois souvent demander si je peux faire autre chose quand j’ai terminé une tâche. Je me demande si je suis fatigante. En personne, j’aurais trouvé qui aider rapidement. »