L’an dernier, en pleine pandémie, le prix de l’once d’or a dépassé les 2000 $ US. Même si ce montant a légèrement fléchi depuis, l’engouement pour le métal jaune a donné un élan au secteur minier québécois, qui voit notamment les projets de mine d’or se multiplier. Explications.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne Collaboration spéciale

Selon Josée Méthot, PDG de l’Association minière du Québec (AMQ), les métaux précieux ont le vent en poupe. « En mars 2020, dit-elle, il y avait 11 projets de mines d’or en développement au Québec. Cette année, il y en a 15. Ça va plus loin que la simple étape d’exploration initiale. On parle de projets qui sont à différentes étapes de réalisation. »

La moitié de ces projets sont situés en Abitibi-Témiscamingue. Mme Méthot cite en deux gisements à suivre : Odyssey, de Canadian Malartic, à quelques kilomètres de la municipalité de Malartic, de même que Horne 5, de Ressources Falco, à Rouyn-Noranda.

L’autre moitié des projets aurifères est située près de la région de la Baie-James, laquelle serait le nouvel eldorado pour les chercheurs d’or, soutient Michel Jébrak, professeur émérite au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

La Baie-James, c’est la nouvelle frontière aurifère. En Abitibi, le territoire est désormais très occupé. La pandémie a généré des liquidités considérables. On se retrouve avec des réserves de cash partout, ce qui favorise les projets miniers.

Michel Jébrak, professeur émérite au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM

Pour l’heure, analyse M. Jébrak, la différence entre le coût de production, qui est actuellement d’environ 1000 $ US l’once au Québec, et le prix de vente élevé (entre 1677 $ US et 1952 $ US depuis le début de l’année) joue en faveur des mines d’or.

En 2019, 70,3 % des dépenses en exploration étaient consacrées à la recherche de métaux précieux, rappelle Josée Méthot. « Nous attendons les chiffres de 2020, dit-elle. Ça va être intéressant de voir comment la COVID-19 a affecté le secteur. »

Les bilans pourraient réserver des surprises, car les mines d’or ont complètement cessé leurs activités durant au moins trois semaines au printemps 2020, affirme Mme Méthot. « Quand elles se sont remises en marche, dit-elle, ce n’était pas à 100 %, car il y a eu un paquet de mesures sanitaires qui ont été mises en place. Certaines mines ont retrouvé leur pleine activité seulement à l’automne. Les prix élevés de l’or ont compensé le manque à gagner. Mais tout de même. »

Un secteur en « relativement » bon état

En général, l’état de santé du secteur minier québécois est « relativement bon, compte tenu du prix des métaux », analyse Josée Méthot. Depuis quatre ans, les investissements en aménagement de mines (tous métaux confondus) et en immobilisation oscillent entre 1,5 et 2 milliards, dit-elle, ce qui est bien en deçà des 4 milliards en marge de l’incroyable boom minier de 2012.

« Il y a en ce moment une effervescence pour les métaux stratégiques, ajoute la PDG de l’AMQ. Il y a des projets de lithium, de graphite, de nickel, etc. Le fer est lui aussi sur une lancée, entre autres grâce à la Chine, dont l’économie et les grands projets ont connu une importante reprise malgré la pandémie. »

Par ailleurs, fait remarquer Michel Jébrak, le Québec a retrouvé sa place sur l’échiquier mondial dans le secteur minier. « Nous sommes dans le top 5 mondial des juridictions favorables, explique-t-il. On a des lois transparentes et des informations de qualité qui sont disponibles pour les investisseurs. Notre système est parmi les meilleurs au monde. Ça rassure et ça attire les investisseurs. »