L’industrie minière canadienne a dévoilé plus tôt ce mois-ci un nouveau protocole visant à réduire l’impact du secteur minier sur les changements climatiques et à mieux le préparer aux perturbations qu’il engendrera. Selon des experts consultés, il s’agit d’une initiative bienvenue, mais encore trop timide.

Antoine Trussart
Antoine Trussart La Presse

Le nouveau protocole dévoilé par l’Association minière canadienne (AMC), qui représente près d’une cinquantaine d’acteurs importants du secteur minier canadien, se décline en trois volets distincts. La production par ses membres d’un rapport annuel sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), la réduction de l’intensité de ces émissions et l’adaptation des installations minières aux impacts des changements climatiques.

« En tant qu’industrie énergivore, nous savons que nous avons un rôle important à jouer pour réduire notre empreinte carbone, et ce nouveau protocole vise à aider nos membres à y parvenir », dit Pierre Gratton, président et chef de la direction de l’AMC.

Les entreprises autoévaluent leur performance sur une échelle allant de C à AAA, la note de passage étant A. Tous les trois ans, elles doivent également faire auditer leurs résultats par un vérificateur externe choisi parmi une liste fournie par l’AMC. Les rapports sont disponibles sur le site web de l’AMC.

« Ça ne veut pas dire que toutes les notes doivent s’améliorer chaque année, mais si les notes d’une compagnie membre demeurent en bas de A pour une longue période, ça va causer une discussion dans notre comité et ça va provoquer une conversation avec la compagnie, explique M. Gratton. S’ils refusent, ça peut résulter en une demande qu’ils quittent [l’AMC]. »

L’absence de cibles déplorée

Emmanuel Raufflet, professeur titulaire au département de management de HEC Montréal, déplore l’absence d’objectifs chiffrés de réduction absolue des émissions de GES et se questionne sur la qualité de l’information produite par les entreprises minières.

« C’est un engagement à la production d’information, ce n’est pas un engagement à réduire des émissions de gaz à effet de serre », dit le professeur.

Pour les marchés financiers, ça rassure du point de vue de la gestion des risques climatiques, mais moi, comme citoyen, je pense qu’on pourrait être plus ambitieux.

Emmanuel Raufflet, professeur titulaire au département de management de HEC Montréal

Rodrigue Turgeon, avocat au Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), croit que ce genre de réglementation environnementale devrait plutôt venir de l’État par une réforme en profondeur de la Loi sur les mines.

MTurgeon salue néanmoins le fait que dans son nouveau protocole, l’industrie calcule les émissions de GES pour l’ensemble du cycle de vie des minerais extraits, de la chaîne d’approvisionnement à l’utilisation par les clients, plutôt que seulement celles du site d’extraction.

Sur cet aspect, « l’État devrait suivre le pas lancé par l’industrie », souligne-t-il.

« Très bien si l’industrie veut aller de l’avant, ça démontre une prise en compte de l’urgence climatique, mais l’examen de conscience de l’industrie doit être beaucoup plus large que de simplement améliorer les différentes pratiques de gouvernance ou d’optimisation de gaz à effet de serre sur les sites. Il faut avoir un regard courageux », ajoute-t-il.

Du minerai canadien dans les technologies vertes ?

Le nouveau protocole de l’AMC met également de l’avant l’importance du secteur minier canadien dans la transition vers des énergies plus vertes, grâce à l’extraction de minerais entrant dans la composition de batteries, comme le lithium et le graphite.

Cet état de fait créera certainement un emballement de l’activité minière au Québec, selon MTurgeon. L’avocat rappelle dans la foulée que malgré plusieurs projets visant à extraire ce genre de minerais, la vaste majorité du minerai extrait au Québec et au Canada n’entre pas dans la composition de technologies vertes.