Déterminer les risques de blessures de chaque athlète qui exerce un sport de contact au niveau amateur est le rêve de tout entraîneur. Le manque de ressources financières rend quasi impossible cette personnalisation de l’entraînement. Elite NeuroKinetix (ENK) ambitionne de remédier à cette problématique grâce à sa plateforme qui utilise l’intelligence artificielle.

Julie Roy
Collaboration spéciale

Il aura fallu quatre ans de recherche à Allen Champagne, Ph. D. et étudiant en médecine, avant de pouvoir transférer ses connaissances sur le terrain. « J’ai étudié quatre ans aux États-Unis durant lesquels j’ai joué au football avec les Tar Heels de la Caroline du Nord. C’est là que j’ai été sensibilisé aux impacts des commotions cérébrales. Je voulais diminuer les dangers du sport, et c’est ce que nous faisons grâce à la science », explique-t-il.

Des données à la tonne

Ici comme aux États-Unis, Allen Champagne et son équipe ont suivi pendant des mois des centaines de joueurs de football. Le but : récolter des données pour alimenter l’intelligence artificielle.

Grâce à une série de capteurs, tous les mouvements ont été finement analysés afin d’intégrer le tout dans un algorithme. Au bout du compte un système capable de cibler les faiblesses techniques de chacun des joueurs. « Qu’il soit grand, petit, rapide, plus lent, fort, etc., en filmant un athlète qui exerce son sport, on peut analyser son mouvement. Ensuite, nos paramètres sont conçus pour prédire les risques de blessures. Notre approche peut contribuer à diminuer de 30 % le nombre d’impacts à la tête », précise Allen Champagne.

Démocratiser l’entraînement personnalisé

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

Quatre membres de l’équipe d’Elite NeuroKinetix : Michael Tola Denis, directeur de la technologie ; Pamela Champagne, cofondatrice ; Marie-Michelle Boulanger et Vincent DiStefano, tous deux experts dans le développement des athlètes.

Une fois les preuves de cette approche bien établies, encore fallait-il démocratiser cet outil. C’est la raison pour laquelle Allen Champagne s’est associé à sa sœur Pamela, diplômée en entrepreneuriat de HEC Montréal. Ensemble, ils ont fondé, il y a deux ans, Elite NeuroKinetix (ENK) et se sont aussi adjoints Vincent DiStefano et Marie-Michelle Boulanger, doctorants en psychologie à McGill et experts dans le développement des athlètes.

Nous avons optimisé le produit et créé une plateforme. Le principe est simple : après avoir été inscrit, que ce soit par l’entraîneur, par l’équipe ou par lui-même, le joueur se filme en train d’effectuer des exercices précis. Une fois les images envoyées, l’algorithme va émettre des recommandations supervisées par les membres de notre équipe.

Pamela Champagne, cofondatrice d’Elite NeuroKinetix

La machine ne remplace toutefois pas l’humain. « Les données vont donner la chance à l’entraîneur de concentrer ses efforts pour garder l’athlète en bonne santé et sur le terrain. C’est une façon de donner des super pouvoirs au coach pour améliorer les performances et la technique d’un joueur. L’intelligence artificielle n’est pas un dieu, mais un outil », affirme Allen Champagne.

Une visée vers d’autres sports

Pour l’équipe, il ne fait aucun doute que sa technologie pourrait très bien s’adapter à tous les sports de contact – autant le hockey et la crosse que le rugby – et il ne s’agit que d’une question de temps avant qu’elle ne s’y attaque. Aussi, ils sont persuadés que l’intelligence artificielle est une façon d’avoir accès à une expertise à moindre coût. « Les ressources dans le sport amateur sont limitées. L’intelligence artificielle, c’est l’équivalent d’avoir une équipe d’experts autour d’une table, mais pour beaucoup moins cher », explique la cofondatrice.

ENK a établi un partenariat avec Football Canada et plusieurs ligues canadiennes amateurs. En tout, plus de 51 équipes ont eu recours à ses services. En ce moment, l’utilisation de la plateforme est sans frais. « Nous voulons que le plus de personnes possible se servent de notre plateforme, parce que plus nous aurons de données, plus nous pourrons améliorer nos fonctionnalités. On sait que nous répondons à un besoin », précisent les deux entrepreneurs.