À 67 ans, Amine Kamen a une longue feuille de route derrière lui. Titulaire de deux doctorats en génie, professeur à l’Université McGill, chercheur émérite du Conseil national de recherches du Canada, il a aussi travaillé à l’élaboration d’une dizaine de vaccins. Aujourd’hui, s’il rêve d’un repos mérité, une petite voix intérieure lui dicte de continuer pour transmettre ses connaissances. Survol d’un parcours peu commun.

Julie Roy
Collaboration spéciale

De l’Algérie au Québec

Comme plusieurs ingénieurs du secteur de la santé, Amine Kamen a un parcours complexe et une formation pointue. Formé à la base en génie chimique, ce n’est qu’après son premier doctorat qu’il fera le saut dans le monde de la santé. « J’ai fait mes études à Paris. Ensuite, je suis retourné en Algérie. Une mission scientifique en provenance du Québec m’a ouvert la voie. Je suis arrivé ici en 1989. À la base, je n’étais pas venu pour rester, mais des incidents politiques en Algérie et l’amour m’ont incité à rester », raconte celui qui n’a jamais eu le temps de regretter sa venue au Québec.

Le professeur fera ensuite son deuxième doctorat tout en poursuivant ses travaux au Conseil national de recherches du Canada. C’est là, en faisant des recherches sur les cellules des insectes, qu’il entre en contact avec la biotechnologie.

J’ai appris la biologie sur le terrain. Je faisais partie des rêveurs qui pensaient que la biotechnologie allait résoudre tous les problèmes humains et environnementaux. Je croyais que les développements seraient plus rapides, mais il a fallu plus de 30 ans avant d’arriver où nous en sommes.

Amine Kamen

L’incontournable COVID-19

En ce moment, comme bien de ses confrères, Amine Kamen travaille sur des projets en lien avec le vaccin contre la COVID-19. Son rôle est de générer des antigènes – des toxines qui poussent le corps à créer des anticorps afin de combattre la maladie.

« Si les recherches vont si bien pour la COVID-19, c’est parce que c’est un virus similaire au SRAS. Depuis 10, 20 ans, des travaux sont faits en ce sens », explique le chercheur.

L’ingénieur, le virus et le vaccin

Pourquoi en faire plus et jumeler la biologie à l’ingénierie ? Parce que ces spécialistes sont des éléments clés pour la création de vaccins chargés notamment du processus de contrôle de qualité.

« Cet ingénieur doit comprendre comment fonctionne la biologie, car c’est lui qui va développer le procédé permettant de produire à grande échelle les vaccins grâce, entre autres, à des bioréacteurs. Leur travail sert à augmenter le rendement et à réduire les coûts. Il s’assure aussi que l’environnement est stérile lors de sa fabrication. Un vaccin est un produit complexe qui doit être purifié parce qu’on l’injecte dans des individus », explique Amine Kamen.

Un secteur convoité

« On a beau injecter de l’argent pour construire des murs, cela ne sert à rien si on ne peut pas accomplir le travail parce que nous manquons de gens convenablement formés. Dans ce domaine, la compétition est mondiale et les besoins sont énormes partout », estime Amine Kamen.

Depuis 2017, l’Université McGill a d’ailleurs démarré un programme spécialisé en bio-ingénierie, un secteur prisé, mais dont la capacité d’accueil est limitée. « Cette année, avec la pandémie, j’ai reçu des dizaines de courriels de candidats potentiels. Bien des gens veulent contribuer, mais on doit vivre avec le fait que les ressources financières et le nombre de professeurs ne sont pas infinis. C’est mon principal regret, il faudrait en faire beaucoup plus », explique le scientifique.

Aider ici, mais ailleurs aussi

Non, Amine Kamen n’est pas près de se reposer et il a encore d’autres défis.

« Mon bébé actuellement est un projet de vaccin contre la maladie de Newcastle qui tue des poulets en Éthiopie. Ce qui me motive, c’est de transférer la technologie et les connaissances à ces gens afin qu’ils puissent protéger l’une de leurs plus importantes sources de nourriture. On veut les rendre autonomes de sorte qu’ils puissent produire et modifier le vaccin. »

Comme quoi, ici ou ailleurs, le professeur n’est jamais bien loin.