La métropole a déjà été le grand pôle pharmaceutique du Québec, mais les projets de recherche s’intensifient et s’accélèrent ailleurs dans la province en vue de développer un vaccin contre la COVID-19. Tour d’horizon.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Urgence et responsabilité sociale 

« Ce qui se passe actuellement, au niveau des efforts pour développer un vaccin, ou encore une thérapie, s’apparente à ce qu’on avait observé alors qu’on tentait d’enrayer le sida, il y a bon nombre d’années », constate Jean-Marc Juteau, commissaire à la Cité de la Biotech à Laval.

Sur le terrain, il observe que les chercheurs « ressentent une urgence, une forme de responsabilité sociale ».

Cette « mobilisation », selon lui, se traduit par une augmentation sensible du nombre de chercheurs et d’entreprises engagés dans des programmes de recherche afin de trouver des solutions à plus brève échéance.

« À la Cité de la Biotech, note-t-il, pas moins de 14 entreprises travaillent directement ou indirectement à des projets de recherche pour un vaccin, des diagnostics ou pour une molécule thérapeutique. C’est sans compter les huit chercheurs qui sont impliqués dans des projets de recherche à l’INRS [Centre Armand-Frappier]. »

Déjà des tests d’efficacité

Parmi les entreprises qui se consacrent entièrement au coronavirus se trouve la société Glycovax Pharma, dirigée par René Roy, considéré comme « un expert mondial de la glycochimie ».

« Si tout va bien, nous avons bon espoir d’être en mesure d’évaluer d’ici à trois mois l’efficacité de notre vaccin et [de pouvoir] déterminer s’il est en mesure de détruire le virus de la COVID-19 », explique-t-il.

Dans un contexte favorable, le professeur associé à l’Institut Armand-Frappier de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) ne s’étonnerait pas de voir la taille de la biotech grossir « très rapidement ».

« Nous avons cinq chercheurs à l’heure actuelle, dit-il. Nous pourrions devoir en embaucher une vingtaine d’autres. »

Il souligne au passage que Glycovax espère obtenir un financement de 50 millions de dollars à même l’enveloppe de 1,3 milliard prévue à cette fin par le gouvernement Trudeau pour soutenir la recherche et l’accélérer en vue de trouver un vaccin.

« Nous estimons avoir une approche unique qui nous donne une longueur d’avance par rapport à nos concurrents. À vrai dire, nous sommes les seuls au monde à travailler sur la piste des vaccins glycoconjugués. »

— René Roy

Grande fébrilité à Québec

« On a une complémentarité et une masse critique d’entreprises qui travaillent sur le volet des vaccins, explique pour sa part Carl Viel, PDG de Québec International. Ça nous permet de développer des idées et de les rendre jusqu’à l’étape de la commercialisation. »

Il précise : « On a des technologies et des capacités de recherche universitaire, des entreprises dans les tests cliniques, ainsi qu’un grand laboratoire. »

Il estime qu’une vingtaine d’entreprises consacrent leurs énergies, et une grande partie de leurs ressources humaines, à la COVID-19.

« De ce nombre, ajoute-t-il, on estime qu’au moins trois d’entre elles travaillent sur un vaccin, qu’on pense à GSK, à IMV et à Medicago. On sent une grande fébrilité. »

Une capacité à produire

Cette « fébrilité » est parfaitement ressentie au sein des équipes de chercheurs de Medicago, confirme Nathalie Charland, directrice senior, affaires scientifiques et médicales, de cette société biopharmaceutique.

Elle convient que les chercheurs sont au pas de course dans l’espoir d’arriver au fil d’arrivée avec des résultats probants.

« Je vous assure qu’on fait tout pour aller le plus rapidement possible, dit-elle. Normalement, on peut mettre de 10 à 15 ans à trouver un vaccin. Dans ce cas-ci, on parle de deux ans, et peut-être même un peu moins. »

Aussi, dans un contexte d’urgence, il n’est pas écarté que l’usine-pilote de Medicago, dans le Parc technologique de Québec, produise des lots cliniques de vaccins.

« Si jamais on confirme qu’on est capables d’avoir un vaccin contre la COVID-19, avec l’autorisation de la Santé publique, on pourrait procéder assez rapidement [avec une capacité pouvant atteindre 2 millions de doses par mois] », précise-t-elle.

C’est sans compter l’usine en construction – un investissement de 275 millions – qui aura le mandat de produire des vaccins pour le marché canadien et les marchés extérieurs.

Esprit collaboratif à Sherbrooke

« Il y a chez nous un beau projet mené en partenariat impliquant trois entreprises biotechnologiques, indique Josée Fortin, directrice générale à Sherbrooke Innopôle. Ces entreprises se sont regroupées pour faire de la recherche clinique. »

Elle fait allusion à Diex Recherche, à Keyrus Life Sciences et à Immune Biosolutions, une jeune entreprise qui est « hébergée » dans les laboratoires d’Espace LABz (voir l’écran 4).

« Tous ces efforts sont déployés de concert avec la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et le Dr Alex Carignan », précise-t-elle.

La directrice générale ne manque pas de rappeler l’engagement des « trois dirigeants » d’Immune Biosolutions, qui sont passés par l’Université de Sherbrooke avant de lancer leur entreprise.

« Leur démarche est sérieuse, fait-elle valoir. À preuve : dès le tout début, ils ont déposé un projet autant à Québec qu’à Ottawa en lien avec la COVID-19 pour développer un vaccin avec des partenaires. »