La pandémie de COVID-19 frappe de plein fouet les entreprises, qui doivent surmonter une situation sans précédent. Deux professeures au MBA leur prodiguent cinq conseils de gestion de crise qui peuvent les aider à passer à travers cette phase difficile.

Emilie Laperrière Emilie Laperrière
Collaboration spéciale

Gérer les émotions

Avant tout, Caroline Coulombe, professeure à l’ESG UQAM et chercheuse experte en gestion de crise organisationnelle à l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, estime que les organisations doivent faire face à leur « plus grand tabou » : les émotions.

« C’est la chose la plus tangible en ce moment. On est en perte de repères et on a chacun notre façon de répondre à cette situation. On doit être conscients que nos partenaires, nos associés, nos cadres et nos employés ont tous des émotions. Les réactions divergent. Certains sont dans le déni, d’autres sont complètement paniqués. Sans en faire une thérapie, il faut en parler. »

Avoir une vision

Pour traverser la crise, il faut absolument avoir une vision. « On se retrouve devant trois grands scénarios : un où tout va bien aller parce que le gouvernement a bien géré ça et qu’on a obéi à la lettre, un deuxième où on est dans la courbe et un dernier où on a complètement perdu les pédales. Chaque entreprise doit se demander ce qu’elle ferait dans chaque cas et les impacts que ça aurait sur l’organisation », explique Caroline Coulombe.

L’experte conseille également de chercher comment donner un sens à nos compétences en période de transition. « Un producteur de vodka québécoise pourrait par exemple la transformer pour en faire un produit désinfectant. »

Bien informer

Les nouvelles ne manquent pas en ces temps incertains. Pour éviter de bombarder les employés d’informations, il faut établir des priorités. « Il faut rassurer les employés tout en distinguant l’urgent du non-essentiel. Il faut surtout digérer les informations pour savoir comment les traduire en actions », constate Carole Lalonde, professeure titulaire au département de management de l’Université Laval et directrice des programmes de M. Sc. recherche et de doctorat.

« Le travail principal des organisations est d’être le plus flexibles possible dans ce processus. On doit démontrer notre capacité d’adaptation et d’improvisation. L’humilité est de mise parce que personne n’a de réponse », ajoute Caroline Coulombe.

Penser tout de suite à la reprise

Pour Caroline Coulombe, le futur est tout aussi important que le présent en temps de crise. « Le cerveau des gestionnaires devrait être bicéphale : une moitié se consacre à la situation actuelle et l’autre, à la reprise. Il faut penser à ce qu’on va devenir après et décider quels moyens on mettra en place pour que ça se concrétise. Les entreprises peuvent instaurer un chantier de réflexion ou un comité de reconstruction pour y arriver. Il faut bâtir des hypothèses réalistes et flexibles et se projeter dans l’avenir. La reconstruction est la clé pour ancrer le leadership de la direction. »

Faire le bilan

Une fois la tempête passée, Carole Lalonde estime que les dirigeants doivent faire le bilan. « On n’apprend malheureusement pas beaucoup des crises. Les gestionnaires ont hâte de tourner la page. Il faut pourtant faire le bilan pour éviter que les mêmes problèmes surviennent. »

La professeure est par ailleurs convaincue qu’en temps de crise, les entreprises peuvent tirer des leçons de la gestion du changement enseignée au MBA. « Celle-ci est pratiquement devenue une question de tous les jours. Comme il y a beaucoup de parallèles à faire entre elle et la gestion de crise, elles devraient toutes les deux être intégrées au quotidien. »