Même si les taux d’intérêt sont actuellement bas, est-ce une bonne idée d’emprunter pour cotiser à son régime enregistré d’épargne-retraite ? Selon deux professeurs en fiscalité et en finances, s’endetter pour préparer son avenir et celui de ses enfants serait tout à fait légitime. Encore faut-il choisir les bons véhicules de placement et être capable de rembourser son prêt dans les délais prescrits.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

Marc Bachand, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), n’est pas d’emblée emballé par l’idée d’alourdir ses dettes pour cotiser à un REER. Selon le spécialiste en fiscalité et en finances personnelles, les temps ont changé. Et les options de placement aussi.

« C’était plus avantageux et plus fréquent d’emprunter pour son REER avant 1991, dit-il. À l’époque, les droits de cotisation inutilisés étaient perdus. Aujourd’hui, on peut les accumuler. L’urgence d’emprunter n’est plus la même. »

Faire du ménage dans ses finances personnelles et cotiser à son REER quand on en a les moyens serait la voie à suivre, soutient Marc Bachand.

Le coauteur d’un cours en ligne (MOOC) sur la littératie financière et fiscale n’est toutefois pas totalement contre l’idée de s’endetter en vue d’épargner pour ses vieux jours. Tous les véhicules, et non pas uniquement le REER, devraient cependant être considérés, puis adaptés à la situation de chacun, croit-il.

Favoriser le REEE

« Le REER et le CELI donnent exactement le même résultat si le taux d’imposition est similaire, précise Marc Bachand. La contribution à un REER est accompagnée d’un remboursement d’impôt. Or, ce remboursement doit être réinvesti au lieu d’être utilisé pour augmenter son train de vie. Sinon, on vient briser l’équation. »

Si le professeur à l’UQTR devait emprunter pour préparer son avenir et celui des siens, il jetterait son dévolu sur le régime enregistré d’épargne-études (REEE). Pour les parents à qui cela s’applique, il est possible de contribuer (y compris de façon rétroactive) au REEE de ses enfants avant que ceux-ci atteignent l’âge de 17 ans, le 31 décembre de l’année courante.

Le REEE est le véhicule de placement par excellence. Il offre un rendement garanti de 30 % grâce au soutien gouvernemental. C’est imbattable !

Marc Bachand, professeur à l’UQTR

Bref, emprunter à 5 % pour contribuer à un REEE dont le rendement est de 30 % est, comme le veut l’expression anglophone, un no brainer, illustre Marc Bachand. Cela tombe sous le sens, quoi. Mais encore une fois, il faut être conséquent dans ses gestes et être capable de rembourser l’argent emprunté selon les termes prescrits.

Une question de risques

Sébastien Betermier, professeur associé en finances à la faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, déplore le fait que les gens sous-évaluent la notion de risque quand ils empruntent pour investir.

« C’est pourtant un des points clés à considérer quand on crée un portefeuille, souligne-t-il. Plus on s’endette pour investir dans des actifs à risques, comme des actions, plus le risque du portefeuille augmente. Si son actif baisse, on est doublement pénalisé si on a emprunté pour se l’offrir. »

Le chercheur universitaire ne s’en cache pas : emprunter pour son REER, très peu pour lui. « Personnellement, dit-il, je serais très prudent à l’idée de m’endetter dans ce contexte. »

Cependant, rembourser un prêt et des intérêts pour contribuer à son REER ne devrait pas être totalement exclu. « Ça peut convenir aux ménages qui sont conscients des risques et qui sont en mesure de les prendre. Ils doivent être capables de rebondir si jamais les choses tournent mal », affirme Sébastien Betermier.

« En général, la prise de risque va avec la fortune que l’on possède. Les gens moins fortunés ne sont normalement pas en position de prendre des risques », rappelle-t-il.