L’industrie de l’aérospatiale continue de réclamer des mesures concrètes d’Ottawa pour faire face à la crise

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Plus le gouvernement [fédéral] tarde à apporter une aide financière, plus il fragilise notre industrie, et plus il met à risque nos PME qui font face à des problèmes de liquidités », affirme la PDG d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît, à propos d’une crise qui secoue l’industrie comme jamais auparavant.

« Nous avons connu des moments difficiles par le passé, qu’on pense aux lendemains du 11 septembre 2001, à la grippe H1N1, au SRAS, précise-t-elle. Là, c’est la COVID-19, et après, ce sera sans doute la récession. La question est de savoir comment on [l’industrie] va sortir de la crise sans qu’il y ait trop de victimes, et sans provoquer l’effritement de tous nos talents. »

Dans ce contexte, la PDG insiste sur l’urgence de mettre en place un train de « mesures spécifiques » pour aider les entreprises [faisant partie de la grappe de l’aérospatiale] à se maintenir à flot.

On demande à Ottawa d’être là non seulement pour [soutenir financièrement] les sociétés aériennes, mais aussi pour tous ces fabricants, ces PME, qui font partie de notre écosystème.

Suzanne Benoît, PDG d’Aéro Montréal

Transition numérique

Ces « mesures spécifiques » pourraient prendre la forme, suggère-t-elle, d’une « véritable stratégie de l’aérospatiale » axée sur le développement des « technologies du futur ».

« C’est le moment de travailler sur de nouveaux projets novateurs, précise-t-elle, pour faire en sorte qu’au sortir de la crise, nos entreprises soient en meilleure position pour rivaliser avec les concurrents sur la scène internationale. Il faut prendre le virage vert avec des moteurs électriques, des taxis volants, des drones ultrarapides, accélérer la transition numérique, passer au 4.0. »

Or, malgré les demandes répétées adressées aux ténors du gouvernement Trudeau, l’industrie québécoise de l’aérospatiale – qui génère 57 % des ventes totales au Canada – déplore que les réponses positives se fassent attendre.

« On nous répond que ça s’en vient, mais ça tarde, relève la PDG d’Aéro Montréal. Or, si rien n’est fait, on craint que notre industrie soit déphasée, et cela pourrait nous faire perdre [le 3e rang] dans le positionnement mondial. C’est sérieux. »

Même son de cloche du coordonnateur québécois du syndicat des machinistes (AIMTA-FTQ), qui siège également au conseil d’administration d’Aéro Montréal, David Chartrand.

« Actuellement, constate-t-il, il y a un paquet de monde en chômage et il serait temps qu’Ottawa réalise à quel point notre industrie, un fleuron québécois, a besoin d’être accompagnée, avec des aides ciblées. »

Les PME manquent de liquidités et il y a des limites à les laisser se démener de la sorte. Pourtant, en Ontario, le secteur de l’automobile n’a pas eu à faire autant de pression pour recevoir de l’aide.

David Chartrand

Regrouper les forces

En attendant, des entreprises québécoises de l’aérospatiale passent à l’action et regroupent leurs forces.

C’est le cas de Groupe DCM, une PME de 300 employés qui vient de faire l’acquisition d’Électro-Kut, qui compte 60 employés.

« C’était le bon timing pour bouger, explique Éric Ledoux. Cette consolidation industrielle constitue un ajout stratégique important. »

Il fait valoir qu’Électro-Kut est bien positionnée avec des carnets de commandes « dans le militaire, avec l’armée américaine ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Éric Ledoux, PDG du Groupe DCM, une PME de 300 employés, vient de faire l’acquisition d’Électro-Kut, qui compte 60 employés.

Le PDG de DCM rappelle que des discussions pour acheter l’entreprise de Laval s’étaient avérées infructueuses, il y a quelques années. Visiblement, la pandémie mondiale et les craintes d’une récession ont changé la donne.

« Notre plus grand défi, relève Éric Ledoux, fut de convaincre les banquiers, qui considéraient contre-intuitif de faire une acquisition en ces temps difficiles. Nous pensions, au contraire, que c’était le moment de bouger. »

Le président n’écarte pas la possibilité de faire d’autres acquisitions dans le futur.