Les pilotes de bateaux viennent de partout au Canada, des États-Unis et d’ailleurs dans le monde pour être formés au Centre de simulation et d’expertise maritime (CSEM) à Québec. Un joyau méconnu du grand public.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Aucune exigence internationale ne régit la formation des pilotes maritimes. Néanmoins, la plupart des pilotes expérimentés se sont donné des règles pour assurer une formation adéquate.

Les étudiants suivent d’abord un cours spécialisé comme celui offert à l’Institut maritime du Québec. Puis, ils doivent naviguer durant des années et monter les échelons jusqu’à celui de capitaine, avant de postuler pour devenir apprenti-pilote durant deux ans.

Par la suite, ils effectuent des centaines de voyages par année avec des pilotes d’expérience, en plus de suivre une formation théorique et pratique. « Après deux ans, on leur donne une carte en papier blanche et on leur demande de dessiner une partie du fleuve par cœur, dit Paul Racicot, directeur du CSEM. Ils sont également bombardés de questions par les évaluateurs. »

Viendra alors une certification pour piloter de petits navires. Plusieurs autres années seront nécessaires afin de devenir pilote de classe A.

Une formation assez récente

PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL

Paul Racicot, directeur du Centre de simulation et d’expertise maritime

Cette structure officielle a longtemps été inexistante. « Les écoles de marine spécialisées forment les nouveaux entrants dans l’industrie maritime, mais pour former un pilote, il n’y avait pas de programme, précise M. Racicot. En 2005, les 75 pilotes de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent ont voulu changer ça en fondant le CSEM. »

Ils ont acheté des simulateurs de navigation et monté un programme pour former les apprentis, en plus d’offrir de la formation continue, grâce à 3 millions de dollars en investissements privés.

Avec le temps, les trois quarts des pilotes canadiens, environ 15 % des pilotes américains et plusieurs pilotes étrangers sont venus cogner à notre porte. Un pilote brésilien nous a d’ailleurs dit qu’on était 10 ans en avance sur le reste du monde, en raison de nos programmes, de nos exercices et de nos bases de données.

Paul Racicot, directeur du Centre de simulation et d’expertise maritime

Le centre est aussi autorisé à offrir des formations aux marines militaires canadienne et américaine. « Les navires militaires naviguent sur les mêmes eaux, avec les mêmes équipements et les mêmes obstacles, mais ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs. On élabore avec eux des exercices sur des situations qu’ils pourraient rencontrer, comme la surveillance côtière pour détecter des embarcations terroristes qui tenteraient de s’infiltrer dans les eaux territoriales. »

Du véritable sur-mesure

Des logiciels sophistiqués permettent au CSEM de créer des exercices en fonction de différents modèles de navires et de zones navigables bien précises. « Quand les pilotes de Houston viennent chez nous, on ne leur offre pas une formation générique, mais des exercices spécifiques propres à leurs réalités. »


Le centre accumule ainsi des informations sur chaque secteur maritime. Des données dont ont besoin certains gens d’affaires. « Pour le projet GNL, qui souhaite exporter du gaz naturel à partir du Saguenay, la firme d’ingénierie nous a contactés. On a développé une modélisation du secteur et une série de manipulations potentielles, en fonction du navire transporteur de gaz. »

Cette expertise a également servi partout au Canada et même en Afrique de l’Ouest. « On travaillera bientôt à l’expansion du port de Valleyfield et à des projets à Prince Rupert, en Colombie-Britannique, ainsi qu’à Sydney, en Nouvelle-Écosse. »

Ce n’est pas tout. Le Service hydrographique du Canada (SHC) a également confié au CSEM un mandat visant à développer de nouvelles applications de cartes électroniques et à émettre des recommandations qui serviront à déterminer les barèmes futurs des normes du SHC et de l’Organisation hydrographique internationale.