En pleine effervescence depuis quelques années, les incubateurs et les accélérateurs d’entreprises se retrouvent à la croisée des chemins. Des synergies s’imposent, alors que la concurrence étrangère se fait de plus en plus présente. La pandémie de COVID-19 n’a fait que précipiter les choses. Explications et cas vécus.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

La centaine d’incubateurs et d’accélérateurs québécois, dont les programmes prennent en charge de jeunes pousses, puis les propulsent vers le succès, doit se concerter, croit Louis-Félix Binette, directeur général du Mouvement des accélérateurs d’innovation du Québec (MAIN).

En raison de leur nombre en croissance, les organismes d’ici sont, par la force des choses, en concurrence. Qu’ils soient privés, publics ou rattachés à des universités.

« La virtualisation des rencontres, accélérée par la pandémie, ouvre plus que jamais la porte à la concurrence étrangère, observe M. Binette. Si on se concurrence trop entre nous, on va laisser toute la place aux programmes étrangers. Si on ne se regroupe pas mieux, nos start-up seront la proie des accélérateurs américains ou français, comme c’est le cas actuellement. »

Au début de septembre, le MAIN a publié les résultats de son premier Survol de l’écosystème start-up du Québec. On y explique, en substance, que le Québec ne dispose pas d’un véritable écosystème d’incubateurs et d’accélérateurs, comme à Boston ou à San Francisco.

« Le Québec a énormément de potentiel, car il dispose d’un important réseau de programmes », soutient M. Binette.

Notre objectif, et c’est déjà commencé, est de mettre en place un écosystème en créant plus de relations entre ces programmes. Peu importe où elle se trouve, une start-up en région devrait avoir accès aux mêmes ressources qu’une start-up de Montréal.

Louis-Félix Binette, directeur général du Mouvement des accélérateurs d’innovation du Québec (MAIN)

Jeunes pousses en temps de COVID-19

Le confinement et le ralentissement de l’économie n’ont pas ébranlé outre mesure les jeunes pousses québécoises inscrites à un ou plusieurs programmes d’incubation ou d’accélération.

Marina Pavlovic Rivas est présidente et cofondatrice d’Eli. Cette jeune pousse a développé une technologie brevetée permettant de mesurer, à l’aide d’un petit appareil, les niveaux d’hormones dans la salive des femmes. Un outil d’aide à la procréation, mais aussi à la contraception. Et bientôt destiné aux femmes en ménopause.

Mme Rivas participe à trois programmes en ce moment. Et les accélérateurs étrangers n’ont pas manqué de s’intéresser à son projet. Elle travaille avec le Centech, rattaché à l’École de technologie supérieure (ETS). Elle est également dans le giron de l’accélérateur américain Techstars, lequel possède une antenne à Montréal. Enfin, Eli est l’une des rares entreprises retenues par l’une des plus importantes compagnies d’assurances au monde, la française AXA. Celle-ci a créé son propre programme d’accélérateurs et cherchait 10 entreprises dans le monde pouvant améliorer la santé des femmes.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marina Pavlovic Rivas, de la jeune entreprise Eli, se félicite d’avoir pris part à trois programmes d’accélérateur.

Marina Pavlovic Rivas se félicite de ses choix. Participer à des programmes d’accélérateurs prend certes beaucoup de temps et d’énergie, concède-t-elle, mais les résultats sont probants. « Il faut choisir les bons programmes et varier ses choix, croit-elle. Cela nous a aidés à développer des contacts incroyables. Et aussi de mieux savoir où se positionner pendant la pandémie. »

Gabrielle La Rue est une habituée des incubateurs et des accélérateurs. PDG et fondatrice de Locketgo, PME spécialisée dans les casiers intelligents contrôlables par téléphone, elle a vu son principal marché, les grands événements sportifs et culturels, s’effondrer en raison de la COVID-19.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Gabrielle La Rue est PDG et fondatrice de la jeune pousse Locketgo.

Avec le concours de ses partenaires accélérateurs et de son comité consultatif, elle s’est tournée vers un nouveau marché. Elle met désormais en service ses casiers pour la livraison et la collecte de colis dans les magasins, les tours de logements et dans des endroits publics accessibles en tout temps.

La jeune entrepreneure semble par ailleurs s’accommoder très bien des nouvelles façons de faire en temps de pandémie. « Le bon côté de la chose, dit-elle, est que je perds moins de temps en déplacements. Ça va beaucoup plus vite et c’est beaucoup plus efficace quand tout le monde se branche. J’ai presque trois fois plus de temps qu’avant. »