Oubliez l’auditorium impersonnel où les étudiants écoutent des cours magistraux. Dans les cohortes de la maîtrise en administration des affaires (MBA pour Master of Business Administration), les étudiants de profils souvent très différents apprennent à travailler ensemble. Une dynamique singulière se crée et elle peut mener à des développements surprenants.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Pour amener les étudiants à se connaître rapidement, Jay Hewlin, qui donne un cours de négociation au MBA de l’Université McGill, ne lésine pas sur les moyens. Il a l’habitude de commencer la session en faisant jouer la chanson Let’s Get It Started, de Black Eyed Peas, pour faire danser les étudiants en classe. En temps de COVID-19, ils sont invités à chanter en ligne.

« Les étudiants sont tous différents et ils devront travailler ensemble chaque semaine, alors ils doivent se connaître rapidement, explique Jay Hewlin. En négociation, il est d’ailleurs aussi important de connaître l’autre partie que le contenu de la négociation. Puis, dans une vraie négociation, ils auront à vivre plusieurs situations inconfortables, alors ils doivent apprendre à y être à l’aise. »

Jay Hewlin utilise aussi la musique jazz pour enseigner la base d’une négociation.

Pour créer de la musique jazz ou pour mener une négociation avec succès, il faut bien se préparer, et cette base permet ensuite de s’adapter et d’improviser selon les circonstances.

Jay Hewlin, enseignant du cours de négociation au MBA de l’Université McGill

Diversité et clairvoyance

Le MBA permet aussi aux étudiants de se pencher sur des cas vécus en entreprise. En août 2019, une trentaine d’étudiants des 11 pays où l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM) offre son programme de MBA pour cadres se sont retrouvés à Montréal pour l’École d’été. Le cours de veille stratégique et concurrentielle y était donné de façon intensive et les étudiants travaillaient sur un cas d’Air Canada.

« Une équipe avait prévu que le développement du numérique amènerait les gens à voyager moins, ce qui causerait une baisse de l’achalandage d’ici 5 à 10 ans », se souvient Kamal Bouzinab, directeur du programme de MBA pour cadres à l’ESG UQAM.

La recommandation de l’équipe à Air Canada : devenir plus agile pour pouvoir rapidement transformer ses avions pour le transport de marchandises.

Si la recommandation ne semblait pas urgente à réaliser à l’époque, la pandémie a tout changé. Air Canada a finalement annoncé à la fin d’avril qu’un avion avait été converti pour le transport de marchandises.

Cette équipe particulièrement clairvoyante était formée de cadres de différents pays actifs dans de grandes entreprises de secteurs variés.

En travaillant ensemble, chacun apprend des autres, il y a un échange, et cette diversité de profils permet parfois d’arriver à des résultats extraordinaires qu’on ne pourrait pas avoir avec des gens qui pensent et agissent de la même façon.

Kamal Bouzinab, directeur du programme de MBA pour cadres à l’ESG UQAM.

La force de l’échange

La richesse des échanges au MBA a aussi marqué Annamaria Testani, diplômée de l’Université Concordia en 2000. « Chaque projet du MBA était un débat et il fallait prendre en considération la perspective des autres », se souvient celle qui est aujourd’hui première vice-présidente, ventes nationales, chez Banque Nationale investissements.

Pendant son MBA, elle était grossiste dans une entreprise de fonds communs de placement et travaillait en équipe avec un ingénieur, une comptable et un chirurgien.

« Nous avions des personnalités fortes et chaque fois que l’un de nous avait une idée, il devait d’abord convaincre les autres, explique-t-elle. Au baccalauréat, on peut réussir seul, mais au MBA, il faut apprendre à travailler avec les autres. Ce n’est pas facile, mais c’est ainsi qu’on devient meilleur. Le monde des affaires fonctionne comme ça : il faut toujours convaincre les autres de la valeur de son idée pour pouvoir aller de l’avant. »