À la mi-mars, Custom Diamond, spécialisée dans le mobilier pour restaurants et détaillants en alimentation, a reçu de la part d’un client une question jusque-là inhabituelle : serait-elle en mesure de couper du plexiglas en grande quantité ?

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

L’entreprise familiale avait investi l’année dernière près de 3 millions de dollars dans l’acquisition de machines-outils à commande numérique. Ces équipements destinés à la fabrication de meubles en bois lui permettaient désormais de fournir à grand volume les pièces demandées par des épiceries des enseignes Loblaws (Provigo) et Sobeys (IGA).

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Hilly Diamond, vice-président et chef de l’exploitation de Custom Diamond, et son père, Ron Diamond, président

Durant un mois, du plexiglas a été ainsi coupé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans ses installations de Laval. Le rythme a ralenti ensuite, mais la PME discute aujourd’hui avec des restaurants réaménageant leur salle à manger en prévision de leur réouverture. « Ça nous a permis de garder des gens en emploi », se réjouit Hilly Diamond, vice-président et chef de l’exploitation de Custom Diamond. La PME d’environ 75 employés a néanmoins dû mettre à pied une douzaine de travailleurs en raison des bouleversements entraînés par la pandémie.

Ébranlé, Laval mise sur sa vitalité

Plus de 5600 cas de COVID-19 et 600 morts attribuables à la maladie ont été dénombrés jusqu’ici à Laval. La municipalité a prévu dans ses finances un déficit de 60 millions lié à la pandémie. « On a été une des régions les plus touchées, mais on a l’avantage d’être l’une de celles qui avaient une bonne vitalité économique avant la crise », soulève Stéphane Boyer, vice-président du comité exécutif et responsable des dossiers économiques à la Ville de Laval.

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Custom Diamond a développé un appareil, avec un système de détection infrarouge à commande électrique, pour désinfecter les chariots d’épicerie.

Mais les secteurs névralgiques de l’économie lavalloise n’ont pas tous été touchés de la même façon. Les entreprises dans le domaine de l’alimentation et des sciences de la vie ont pu maintenir plusieurs activités. À l’inverse, celles de la culture, du tourisme et de la restauration se sont retrouvées en pause forcée. Les commerçants et les entreprises manufacturières, quant à eux, se réinventent. « Les habitudes sociales vont changer, estime Hilly Diamond. Je crois que les entreprises doivent évoluer. » Son entreprise vient d’ailleurs de développer un appareil, avec un système de détection infrarouge à commande électrique, pour désinfecter les chariots d’épicerie. Pour le produit désinfectant intégré à cette innovation, Custom Diamond collabore avec une entreprise voisine dont elle ne peut dévoiler le nom pour l’instant.

« La diversité économique présente sur le territoire lavallois est un avantage. Cela dit, elle fait en sorte qu’on ne peut pas tout régler avec un seul coup de baguette magique.  »

— Caroline De Guire, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce et de l’industrie de Laval (CCIL)

La reprise passe par le numérique et l’automatisation

La CCIL et la Ville de Laval travaillent à mettre en place une certification sanitaire, dont l’objectif sera à la fois de rassurer les employés des industries et des commerces, mais également leurs consommateurs. Mardi, la Ville de Laval et le Centre québécois d’innovation en commerce ont dévoilé un nouveau programme, baptisé « api ». Articulé autour d’une monnaie virtuelle, il donnera des récompenses aux clients, dès l’automne prochain, afin de stimuler l’achat local. Le commerce de gros ou de détail représente près du quart des emplois dans l’île Jésus.

Lidia Divry, directrice générale de Développement économique Laval, estime que le numérique sera une clé importante dans la relance. « Dans une économie post-pandémie, je pense que les entreprises gagnantes seront celles qui vont intégrer le numérique et l’automatisation dans leurs pratiques », indique-t-elle. Quant à Custom Diamond, elle ne regrette pas l’argent investi l’an dernier dans de nouvelles technologies. « La situation aurait été pire sans ces équipements », croit en rétrospective Hilly Diamond.