Gestion de patrimoine, gestion privée, « bureau familial » : est-ce du pareil au même ? Et est-ce pour tout le monde ? Quand devient-il pertinent de faire le saut de l’un à l’autre ?

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Les institutions financières mettent de plus en plus de l’avant la gestion de patrimoine. « Pas plus tard qu’il y a un an, on s’appelait Groupe Investors », illustre Mathieu Huot, planificateur financier chez cette entreprise qui a été rebaptisée IG Gestion de patrimoine en octobre 2018.

Mais en quoi consiste-t-elle ? Beaucoup plus large que la simple gestion des valeurs mobilières, elle englobe les sept domaines d’intervention de la planification financière tels que définis par l’Institut québécois de la planification financière (IQFP), soit les aspects juridiques, l’assurance et la gestion des risques, les finances, la fiscalité, les placements, la retraite et la succession. Elle est accessible à tous les particuliers en mesure d’accumuler des épargnes. « Il n’y a pas de seuil minimum, soulève Mathieu Huot, aussi administrateur du C.A. de l’IQFP. Ça s’adresse à tout le monde. »

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

« Les gens riches ont moins de problèmes, mais quand ils en ont un, ça prend un spécialiste rapidement. Si tu te trompes dans la succession sur une virgule pour des millions, il va y avoir des chicanes longtemps », estime Éric Bujold, président de Gestion privée 1859 de la Banque Nationale.

Choisir la gestion privée

« Pour la grande majorité de la population, la gestion de patrimoine fait amplement le travail », estime Éric Bujold, président de Gestion privée 1859 de la Banque Nationale. Pour des situations plus complexes, la gestion privée offre un accès à des fiscalistes, notaires, actuaires ou gestionnaires de portefeuille, qui peuvent répondre à des demandes plus particulières.

Les gens riches ont moins de problèmes, mais quand ils en ont un, ça prend un spécialiste rapidement. Si tu te trompes dans la succession sur une virgule pour des millions, il va y avoir des chicanes longtemps.

Éric Bujold, président de Gestion privée 1859 de la Banque Nationale

Pour avoir accès à ce service, les seuils minimaux d’actifs varient entre 250 000 $ et 1 million de dollars, selon les institutions financières. « On peut présumer qu’ils ont une situation financière ou fiscale plus pointilleuse », explique M. Huot.

Mais ce n’est pas la quantité d’actifs qui détermine la pertinence d’y recourir. « Quelqu’un qui vend sa maison, récolte 2 millions, veut demeurer en résidence, a déjà un testament bien ficelé et veut vivre tranquillement sur son épargne sans investir de manière risquée dans son portefeuille, ce n’est peut-être pas un client pour la gestion privée », indique Johanne Tremblay, vice-présidente, développement, chez Gestion privée Desjardins.

Alors, pourquoi faire appel à la gestion privée ? « C’est plus une question de complexité des besoins », souligne M. Bujold. Il donne en exemple un client, jeune entrepreneur dans la trentaine, séparé avec deux enfants, 750 000 $ en épargne et actionnaire d’une entreprise sur le point d’être inscrite en Bourse. « Il a besoin de gestion privée pour qu’on lui crée une fiducie pour ses enfants, pour se pencher sur un gel successoral, ses actions, sa structure. »

Souvent, une entrée subite de liquidités pousse les clients à faire le saut. « Ça peut être des gagnants de loto », remarque Johanne Tremblay. Mais plus souvent, la vente d’une entreprise est en cause.

« Pour un dentiste qui vient de recevoir une offre d’achat pour sa clinique, plein de questions se posent, comme s’il est mieux de vendre ses actions ou ses actifs », évoque Mathieu Huot. Selon Johanne Tremblay, mieux vaut faire appel à ce service de trois à dix ans avant de concrétiser la vente ou le transfert de son entreprise, notamment pour s’assurer de profiter des outils fiscaux à sa disposition ou pour vérifier si la structure de l’entreprise permet d’être admissible à l’exonération de gains en capital.

Pour les plus fortunés

Quant aux familles les plus fortunées, elles font parfois appel à un « bureau familial », ou family office. Ce dernier va dans certains cas jusqu’à fournir un service de conciergerie ou s’occuper de la gestion d’actifs comme des maisons, bateaux et avions. Selon Robert Nason, professeur adjoint à l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, il offre une plus grande flexibilité. « Il demande des employés dévoués, autant que des membres de la famille prêts à surveiller l’ensemble des activités qui s’y passent, prévient-il néanmoins. Si vous n’avez pas ça, il est logique de rester en gestion privée. »

Reste que ce service est en demande. « Cela devient un phénomène mondial et une industrie en croissance rapide », constate Robert Nason. Un guide d’EY en la matière, publié en 2016, estimait qu’il en existait au moins 10 000 bureaux dans le monde et que la moitié d’entre eux avaient été créés dans les 15 dernières années. Ces chiffres ne tenaient pas compte des multi-family offices, dont la popularité augmente, selon M. Nason, et dans lesquels des familles bien nanties, mais un peu moins fortunées, se mettent ensemble pour recourir à un tel service.