Avior Produits Intégrés vise la cour des grands. La PME québécoise vient d’amorcer un virage numérique et technologique. Buts recherchés : se spécialiser davantage et être plus concurrentielle, tout en réduisant ses coûts. Voici comment elle compte y arriver.

Stéphane Champagne, Collaboration spéciale Stéphane Champagne, Collaboration spéciale
La Presse

Avior est un fabricant de pièces, de structures légères et d’assemblages mécaniques complexes. Ce manufacturier est sous-traitant pour des géants, dont Bell, Boeing, Bombardier et Mitsubishi Aircraft. L’entreprise a connu une croissance de 35 % en 2018-2019. Elle prévoit 20 % en 2019-2020.

À titre de fournisseur de niveau 4 (Tier 4), la PME de 265 employés tire 50 % de ses revenus de la fabrication de centaines de pièces en métaux et en matériaux composites. Mais elle évolue de plus en plus comme fournisseur de niveaux 3 et 2, c’est-à-dire qu’elle livre aux intégrateurs des assemblages complets et non pas seulement des pièces individuelles.

« Les fournisseurs de niveau 4 sont plus nombreux et se livrent une forte concurrence, explique Steven Kearns, PDG. Notre objectif, sans pour autant délaisser le niveau 4, est d’augmenter notre présence dans les niveaux 3 et 2. »

Les grands donneurs d’ordres veulent maintenant faire affaire avec un seul fournisseur qui offre un large éventail de produits et d’expertises.

Steven Kearns

Numériser et automatiser

Dans ses trois usines (Granby, Laval et arrondissement de Saint-Laurent), Steven Kearns a donc entrepris un virage 4.0, c’est-à-dire une numérisation et une automatisation de ses activités.

Dans la foulée, l’entreprise a embauché Dany Dumont, il y a 18 mois. C’est au nouveau vice-président, innovation, et chef de la technologie que revient la tâche de mener le virage d’Avior, qui évolue désormais dans un environnement sans papier.

« On part du principe qu’en numérisant et en automatisant nos opérations, on sera en mesure de concurrencer n’importe quel pays dans le monde », dit-il.

Année faste

L’année 2019 a été faste sur le plan des innovations pour Avior. L’entreprise a mené trois importants projets en ce sens.

Elle a tout d’abord mis en place une cellule robotisée fonctionnant 20 heures par jour, 7 jours sur 7 et permettant la fabrication de pièces variées et complexes. En marge de cette implantation, Avior a par ailleurs développé son propre progiciel de gestion intégrée (ou « ERP »).

Ensuite, le manufacturier a mis de l’avant un projet de valorisation des données. Autrement dit, Avior ne se contente plus de cumuler les informations, les rapports et autres données sur ce qui se passe dans ses usines et ses bureaux. La PME s’en sert pour éclairer ses décisions.

« Le but, c’est de faire des croisements de données, explique Dany Dumont. Ça permet de réaligner la production, de commander plus rapidement des matières premières, d’identifier les éléments les plus profitables ou de savoir si, par exemple, nos processus d’amélioration continue fonctionnent ou non. »

Finalement, Avior a installé un robot collaboratif qui assiste les employés dans certaines opérations, notamment le ponçage, l’inspection ultrasonique, etc.

Prochaine étape : l’implantation de l’intelligence artificielle (IA). « Notre directeur TI a reçu le mandat de déployer l’IA dans notre progiciel de gestion intégrée. Ce dernier doit fonctionner par lui-même. Par exemple, les données de l’entreprise ne doivent plus être entrées manuellement, mais automatiquement, grâce, entre autres, à des capteurs. »

Le virage d’Avior se chiffre à combien ? « On ne regarde pas combien ça nous coûte, mais combien on va pouvoir économiser. Si on regarde juste l’investissement, on ne va pas se challenger », soutient Dany Dumont, qui est persuadé qu’Avior Produits Intégrés gagnera son pari.