Les déboires de Bombardier semblent derrière nous. Le secteur québécois de l’aérospatiale est de nouveau gonflé à bloc. Pendant que les écoles de formation bourgeonnent, les grands donneurs d’ordres, ainsi que les PME québécoises, ont devant eux un contexte favorable. Survol.

Stéphane Champagne, Collaboration spéciale Stéphane Champagne, Collaboration spéciale
La Presse

La directrice générale d’Aéro Montréal, Suzanne Benoit, confirme que le secteur est en croissance partout sur la planète, y compris au Canada, où l’on compte des entreprises de cette filière dans à peu près toutes les provinces.

Le géant Boeing estime qu’il faudra construire près de 43 000 avions dans un proche avenir. « Le nombre de voyageurs, qui était de 4,3 milliards en 2018, passera à 8,2 milliards d’ici 20 ans. Le nombre de vols va lui aussi doubler », ajoute Mme Benoit.

3e

Montréal est au troisième rang mondial (derrière Toulouse et Seattle) des villes d’importance dans l’industrie aérospatiale. Et au chapitre des ventes et des exportations, il se classe au sixième rang.

Source : Aéro Montréal

La DG de la grappe aérospatiale du Québec estime que la province, le plus important acteur en aérospatiale au pays, et Montréal en particulier, a tous les atouts pour aller chercher une part intéressante de ce gigantesque gâteau. « Montréal est une ville où des avions sont homologués, rappelle Suzanne Benoit. Il n’existe pas beaucoup d’endroits comme cela dans le monde. »

L’arrivée coup sur coup depuis 18 mois de deux grands acteurs (Airbus et Mitsubishi Aircraft) donne des ailes à la filière québécoise. Ensemble, les multinationales française et japonaise viennent de créer 900 emplois (700 à Airbus et 200 chez Mitsubishi) dans leurs installations de Montréal et des Basses-Laurentides.

Quelques nuages

Profitant désormais d’une proximité avec six importants donneurs d’ordres, 175 PME spécialisées en aérospatiale forment une masse critique. Elles font travailler des milliers de journaliers, de techniciens et d’ingénieurs. Mais une pression plane sur elles. En cause : la rareté de la main-d’œuvre et la forte concurrence mondiale.

Hugues Meloche, PDG de Groupe Meloche, est freiné dans sa croissance par le manque de travailleurs. Possédant quatre usines à Salaberry-de-Valleyfield et à Bromont, ce fabricant de pièces d’avions et de structures motorisées va bientôt mettre la main sur une cinquième usine, cette fois à Montréal.

Depuis six ans, la PME de bientôt 300 employés génère une croissance annuelle de 25 %. « Malgré nos investissements, entre autres en automatisation, l’aspect main-d’œuvre joue contre nous. C’est frustrant », explique Hugues Meloche.

L’été dernier, Groupe Meloche a accueilli 10 travailleurs mexicains. Dans quelques semaines, ce sera au tour de 14 Tunisiens. « Notre objectif, c’est de les intégrer pour qu’ils s’installent définitivement au Québec », explique le PDG.

L’union fait la force

Selon Jim Quick, PDG de l’Association des industries aérospatiales du Canada, les gouvernements, les écoles de formation et les entreprises doivent impérativement unir leurs forces afin de contrer la rareté de la main-d’œuvre.

Il faut mettre en place une stratégie canadienne en termes de formation et de perfectionnement. Si le Canada veut demeurer parmi les meilleurs au monde, nous devons travailler ensemble. Il faut également aider les PME à prendre de l’expansion.

Jim Quick

Fusionner

Plusieurs PME québécoises sont bien positionnées pour la suite des choses. Mais certaines d’entre elles sont à risque, rappelle Suzanne Benoit, d’Aéro Montréal. « Les PME trop petites devront se regrouper pour avoir les reins assez solides si elles veulent obtenir de plus gros contrats. »

D’autant plus qu’une bonne partie des commandes d’avions viendra de l’Asie. « La Chine prévoit construire 100 nouveaux aéroports, explique Mme Benoit. Nos entreprises devront sans doute avoir une présence là-bas. En se regroupant, elles auront les moyens d’ouvrir des succursales à l’étranger. »

« Les grands donneurs d’ordres, rappelle-t-elle, veulent désormais travailler avec un fournisseur, et non plus trois ou quatre à la fois. On veut accélérer les consolidations. On explique aux PME qu’il vaut mieux être numéro 2 dans un grand groupe que de fermer boutique. »