Certaines professions se créent, d’autres disparaissent ou se transforment en profondeur. Sur la ligne de front, les universités. Elles doivent être à l’affût des changements pour réagir rapidement afin de créer constamment de nouveaux cours et programmes pour continuer de répondre aux besoins de la société. Entretien avec Anne Whitelaw, qui est au cœur de ce travail à l’Université Concordia.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Une majeure interdisciplinaire en sexualité qui aborde des questions comme la transsexualité, l’art et la santé sexuelle vient d’être lancée à l’Université Concordia. Cet exemple illustre bien le besoin de créer de nouveaux programmes pour aborder des réalités qui prennent soudainement une grande importance dans la société.

Toutefois, Anne Whitelaw, vice-rectrice exécutive aux affaires académiques par intérim à Concordia, travaille davantage à réorienter les programmes en tenant compte des grands enjeux transdisciplinaires actuels. Par exemple, le développement durable. Plutôt que de créer des programmes dans le domaine, l’université a décidé de l’intégrer dans ses programmes existants.

« En design et en arts numériques, par exemple, la question du design durable est présente tout au long du parcours de formation des étudiants, précise-t-elle. C’est aussi très présent en génie et en planification urbaine, alors que Concordia a obtenu récemment la Chaire d’excellence en recherche du Canada sur les collectivités et les villes intelligentes, durables et résilientes. »

Travail collaboratif

Pour faire évoluer les cours et les programmes, les universités n’agissent pas en vase clos. Par exemple, en génie et en gestion, elles doivent répondre aux demandes très précises des ordres professionnels et du marché du travail. Dans les autres secteurs, comme les sciences humaines et les beaux-arts, la voie à suivre laisse davantage place à la créativité.

Les étudiants veulent apprendre à se débrouiller, à s’adapter dans un monde en évolution très rapide alors que plusieurs ne savent pas en quoi consistera leur travail en sortant de l’école et comment il se transformera au fil des ans.

Anne Whitelaw

Le savoir-être et les compétences transversales prennent de plus en plus de place dans cette université du centre-ville de Montréal.

« Pour réussir sur le marché du travail, les étudiants doivent développer des connaissances, par exemple en technologies et en écriture, ils doivent développer leur pensée critique, et nous sommes en train de revoir les programmes pour nous assurer que ces éléments sont bien présents », affirme Anne Whitelaw, qui est entrée dans le milieu universitaire comme professeure d’histoire de l’art.

L’enseignement en mutation

Pour mieux préparer les étudiants au marché du travail, l’enseignement se transforme également. L’Université Concordia fait le pari de l’apprentissage « expérientiel ».

« On n’enseigne plus comme il y a une vingtaine d’années, en diffusant les connaissances sans nécessairement les appliquer, explique Mme Whitelaw. Maintenant, dans toutes les disciplines, on veut intégrer l’expérience en faisant sortir les étudiants de la salle de classe pour qu’ils puissent mettre la main à la pâte. »

L’Université Concordia a d’ailleurs lancé récemment FUSION, un réseau d’innovation en compétences futures, grâce à 2,5 millions de dollars obtenus du gouvernement du Canada. En collaboration avec d’autres établissements universitaires au pays, c’est l’une des initiatives du Centre des compétences futures, qui vise à préparer les Canadiens pour l’économie changeante et l’avenir de l’emploi.

« Il faut travailler ensemble pour relever ce défi », affirme Anne Whitelaw.