Présents depuis cinq ans dans le décor canadien, les robots financiers sont encore méconnus et peu utilisés, selon les données recueillies par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et le CEFRIO. À peine 14 % de la population canadienne en avait entendu parler et seulement 9 % avait un intérêt à en savoir plus. De quoi s’agit-il ? Décryptage.

Julie Roy Julie Roy
Collaboration spéciale

Un robot quoi ?

Au Canada, le terme « robot financier » n’est pas exact, car contrairement aux États-Unis, la loi exige l’apport d’un humain pour approuver votre profil d’investisseur. Julien Michaud, analyste à l’éducation financière à l’AMF, indique que ce contact peut tout aussi bien être réalisé en ligne qu’au téléphone. Pour cette raison, les spécialistes préfèrent employer le nom « conseiller en ligne » plutôt que « robot ».

Simplement, le conseiller en ligne est un logiciel spécialisé qui fera des investissements dans des fonds négociés en Bourse (FNB) en suivant votre profil d’investisseur ainsi que votre tolérance au risque. Ensuite, grâce aux algorithmes, il rééquilibrera votre portefeuille selon votre objectif initial.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Jean-Philippe Tarte, maître d’enseignement au département de finance à HEC Montréal, croit que les conseillers en ligne sont un très bon choix pour les petits investisseurs en raison des faibles coûts de gestion.

L’ouverture d’un compte est aisée, aucun besoin de se rendre dans une institution financière. Il suffit d’un accès internet et d’aller sur la douzaine de plateformes qui offrent ce service. Attention, toutefois, une poignée offre un service en français. Jean-Philippe Tarte, maître d’enseignement au département de finance à HEC Montréal, recommande d’explorer les plateformes avant de faire un choix. « Il faut que ce soit convivial et qu’on y comprenne facilement les informations présentées. »

Le pour et le contre

Outre leur accessibilité et leur facilité d’utilisation, les experts s’entendent pour dire que les rendements et les risques des conseillers en ligne sont comparables à ceux des placements dits plus conventionnels. « Les risques sont les mêmes et il n’y a aucune garantie », ajoute Carmen Crépin, avocate experte en valeurs mobilières.

Le plus grand avantage des conseillers en ligne demeure sans contredit les frais de gestion beaucoup moins élevés : 0,05 %, comparativement à 1 % ou même 2 % pour un service traditionnel.

Il faut toutefois bien lire et s’assurer que d’autres frais ne s’ajouteront pas ultérieurement. « Parfois, les frais n’incluent pas tout. La loi exige toutefois que tous les frais soient affichés clairement et de manière transparente sur le site. Il est toujours bon de poser des questions en ligne pour en avoir le cœur net », explique Julien Michaud.

L’envers de la médaille de cette technologie est qu’elle ne remplace pas les relations humaines. Les algorithmes ne vous donneront pas de conseils. Ils n’ont pas l’obligation de suivre l’ensemble de votre situation. Ils ne donneront pas de recommandations sur la répartition de vos actifs, sur les impacts fiscaux potentiels de vos décisions. « C’est un outil de plus. Cela ne remplace pas les courtiers qui, eux, ont un devoir de responsabilité », dit Carmen Crépin.

Consultez la page de l’AMF sur les conseillers en ligne.

Oui ou non, les conseillers en ligne ?

« Vous allez retrouver la même chose dans une institution financière lorsque vous avez devant vous un employé qui n’a pas de connaissances suffisantes en finance. Vous allez payer quelqu’un qui ne fait que cocher des cases. On n’a pas de raison de payer pour ça. » — Jean-Philippe Tarte, maître d’enseignement au département de finance de HEC Montréal

« Avant d’investir sur une plateforme en ligne, il est bon de vérifier si l’entreprise est inscrite au registre de l’AMF, afin de diminuer les risques de fraude. Il est important de se connaître comme investisseur et de savoir dans quel produit on investit. » — Julien Michaud, analyste à l’éducation financière à l’AMF

« Un robot ne remplace pas la valeur d’un conseil que peut donner un humain. Il ne va pas vous appeler tous les ans. En cas de crise, ne pensez pas pouvoir joindre quelqu’un facilement. Tout ce que vous faites est d’acheter un indice. » — Carmen Crépin, avocate experte en valeurs mobilières