À une vingtaine d’années de la retraite, plusieurs commencent à penser de façon plus concrète au financement de leurs vieux jours. Si vous avez commencé à épargner tôt, vous possédez déjà une certaine somme. Faut-il alors penser à la protéger ? Devez-vous éviter les placements risqués telles les actions cotées en Bourse ? Deux experts se penchent sur ces questions.

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

Fuir le risque ? Surtout pas.

Aussi longtemps que le moment de la retraite demeure suffisamment éloigné, il ne faut surtout pas se départir des investissements faits dans un objectif de croissance à long terme, telles les actions, opine Guy Côté, gestionnaire de portefeuille à la Financière Banque Nationale. Avec la quarantaine, on entre dans la phase de prédilection pour épargner, ajoute Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins. S’il ne faut pas manquer cette période d’accumulation, il faut également assurer la croissance du capital. « Et ce n’est pas en concentrant son portefeuille dans des obligations à faible taux d’intérêt que l’on y arrivera », dit-il.

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Guy Côté, gestionnaire de portefeuille à la Financière Banque Nationale

De la constance…

La recette du succès dans l’accumulation de son capital de retraite réside dans la répartition d’actifs, qui se doit d’être la plus constante possible dans le temps, affirme Daniel Chartier. « Et il faut respecter la surperformance historique des placements boursiers », dit-il. Historiquement, les Bourses réalisent une performance annuelle moyenne de 2 à 3 % supérieure aux marchés des obligations. Tant que l’on n’a pas atteint 50-55 ans, il faut être dynamique et maintenir une répartition actions-obligations qui peut atteindre jusqu’à 70-30 %, selon lui. « Le gain de 2 à 3 % en performance sur 20 à 30 ans, c’est énorme », dit-il.

… mais aussi de la qualité

Il est possible de diminuer le risque d’un portefeuille même si celui-ci est axé sur la croissance, explique Daniel Chartier. D’abord, acheter les titres de qualité, soit ceux de sociétés qui appartiennent aux secteurs porteurs, dont les succès sont démontrés et qui versent de bons dividendes. Ensuite, avoir une approche monastique, c’est-à-dire résister aux modes et éliminer l’envie de faire comme les autres. Puis, faire des achats conventionnels, sans éclat, en évitant l’appât du gain rapide. Enfin, éviter la spéculation. « Oubliez l’idée de tenter votre chance en investissant juste un petit montant sur des situations plus spéculatives, car cette approche est toujours perdante », dit le gestionnaire de Desjardins.

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Daniel Chartier, gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins

Prévoir ses besoins de liquidités

On peut se permettre un niveau de risque plus élevé si l’on connaît bien les besoins de liquidités que l’on aura à combler durant cette période d’accumulation, explique Guy Côté. Les investissements plus risqués ont cette caractéristique de fluctuer, parfois de façon significative, à la hausse comme à la baisse. Le moment de vendre n’est donc pas toujours approprié, comme on l’a si bien appris lors de la crise financière de 2008-2009, rappelle le gestionnaire de la Financière. « Une partie du portefeuille doit donc être composée de placements que vous pourrez vendre en tout temps, sans devoir prendre de perte importante, pour répondre à vos besoins de liquidités lorsqu’ils se présenteront », dit-il.

Être toujours investi

Une fois réglée la question des besoins de liquidités, il faut alors, surtout si vous êtes encore dans la quarantaine, demeurer investi en tout temps, explique Guy Côté. « Le facteur le plus important pour favoriser la croissance du capital, c’est le temps », dit-il. Lorsque vous achetez un titre, vous devez le faire sur un horizon d’au moins cinq ans, ajoute-t-il. La volatilité des marchés peut aussi devenir une alliée. « Pour en profiter, il vous faut un plan d’investissement périodique. Ainsi, vous profiterez des reculs de marché pour acheter d’autres actions à très bons prix », dit-il.