Un drame, comme la maladie et le décès de son conjoint, repousse la planification de sa retraite bien loin dans les priorités. Du moins, pour un moment. Parce qu’une fois le choc passé, on souhaite arriver à reprendre ses finances en main pour l’avenir. C’est ce qu’a fait Hélène, qui a aussi dû faire face, dans la même période, à deux pertes d’emploi alors qu’elle était dans la cinquantaine. Témoignage.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Mariée en 1979, Hélène pensait bien passer ses vieux jours à se la couler douce avec son conjoint. Or, la vie en a décidé autrement.

En 2009, à 54 ans, elle a perdu son emploi dans un magasin à grande surface à la suite d’une restructuration. La même année, son mari est devenu si malade qu’elle a dû le placer dans un centre de soins qui lui coûtait plusieurs centaines de dollars par mois. Elle ne pouvait absolument pas se permettre de ne plus travailler à temps plein, d’autant plus que son plus jeune fils était encore à la maison.

« Je ne pouvais pas m’asseoir sur des économies, je n’avais rien devant moi », raconte Hélène qui tenait à ne pas révéler son nom de famille pour éviter, comme veuve, d’attirer l’attention de gens mal intentionnés.

Elle ne s’est pas laissé démonter pour autant. Sa confiance en la vie a porté ses fruits parce qu’elle s’est fait offrir un emploi temporaire par une amie, puis un second dans une grande entreprise manufacturière.

« J’ai obtenu ma permanence à 56 ans et pour moi, c’était significatif parce que j’adorais l’emploi et l’équipe, mon salaire venait d’augmenter, j’avais de très bonnes assurances, une caisse de retraite et je me suis dit à ce moment-là que je resterais dans cet emploi jusqu’à ma retraite », raconte-t-elle.

Or, peu de temps après, le siège social aux États-Unis a fermé la succursale montréalaise.

Alors qu’elle approchait de la soixantaine, avec un mari malade, Hélène devait encore se trouver un emploi. Mais allait-elle réussir à cet âge ? Heureusement, ses anciens collègues du magasin à grande surface lui ont mentionné qu’ils avaient besoin de quelqu’un à temps partiel pour passer les commandes. Hélène a sauté sur l’occasion. Par contre, elle a dû dire adieu à ses avantages sociaux et accepter une baisse importante de revenus.

« En travaillant à temps partiel, mon nombre d’heures par semaine est très variable, selon les besoins de mon employeur, affirme-t-elle. Mon revenu est généralement le tiers ou la moitié moins que ce que je gagnais dans l’entreprise manufacturière. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond

« Lorsqu’on n’a pas suffisamment d’économies pour sa retraite, continuer à travailler, même à temps partiel, peut faire une grosse différence si on veut maintenir son train de vie, parce qu’on peut se servir de son salaire pour payer ses dépenses courantes sans piger dans ses réserves. » — Simon Préfontaine, planificateur financier chez Lafond

Décès du conjoint

Peu de temps après être retournée chez cet ancien employeur, Hélène a réalisé qu’elle n’était pas au bout de ses peines. L’état de son mari continuait de se détériorer. Il est finalement décédé en 2014. En plus du choc émotionnel et d’un grand deuil, une foule de questions liées à la planification de sa retraite se sont posées. Par exemple, la somme accumulée dans la caisse de retraite de son mari lui revenait et elle devait décider quoi en faire.

« Nous avons finalement transféré la somme dans un compte de retraite immobilisé (CRI) et nous l’avons investie selon le profil d’Hélène qui a peu de tolérance au risque », explique Simon Préfontaine.

Le planificateur financier a aussi procédé à l’analyse globale de la situation financière de sa cliente qui, sans avoir d’énormes économies, a une maison payée, ce qui fait une grande différence dans ses dépenses mensuelles.

Les quatre clés pour s’en sortir

1. Même si elle ne faisait pas de budget, Hélène a toujours mené un train de vie modeste.

2. Malgré l’approche de l’âge de la retraite, Hélène a continué de travailler.

3. Hélène et son conjoint avaient réussi à payer leur maison, ce qui donne une marge de manœuvre à la retraite.

4. En situation précaire, Hélène n’a pas hésité à faire appel à un professionnel pour mieux planifier la suite des choses.

« J’ai regardé un peu ses entrées et ses sorties d’argent, mais ce n’est pas quelqu’un qui fonctionne avec un budget, précise-t-il. Elle ne fait pas non plus de dépenses extravagantes, et heureusement, parce qu’à cet âge-là, on ne veut pas trop changer les habitudes de consommation d’un client. Sa maison payée pourrait aussi lui permettre de réhypothéquer si elle a besoin de liquidités pour ses vieux jours, mais je sais qu’elle n’aime vraiment pas l’idée de s’endetter. »

« Moi, je ne fonctionne pas sur les dettes et ça m’a aidée, précise Hélène. Mais c’est certain que les événements des dernières années ont complètement bousculé ma vision de l’avenir. »

Aujourd’hui, à 64 ans, elle travaille toujours au magasin à temps partiel, mais elle continue de voir les choses du bon côté. Cet emploi, bien que moins payant, lui laisse bien du temps chaque semaine à consacrer à ses petits-enfants.