Marc-André Roberge et Evan Henry sont les cofondateurs de Nectar Technologies.

Publié le 17 janvier
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Qui

Le premier a étudié en design industriel, le deuxième, en ingénierie agricole et en biologie. « Nous nous sommes rencontrés à Montréal à la fin de 2016, dit Marc-André Roberge. Evan avait travaillé pendant sa maîtrise sur un capteur pour ruches d’abeilles. J’avais développé une offre initiale pour les apiculteurs, soit de comprendre ce qui se passait dans les ruches. »

Produit

Nectar Technologies a mis au point le système de traçabilité BeeTrack, lancé en janvier 2021. Cette application permet de récolter des données sur les colonies d’abeilles et sur leurs ruches et ainsi que de contrer la mortalité en s’assurant qu’elles soient en santé et productives.

« J’ai eu cette idée quand j’ai commencé à faire de l’apiculture pour l’organisme Santropol Roulant, qui avait plusieurs ruches, explique Marc-André Roberge. Je me suis rendu compte qu’il était difficile de comprendre ce qui se passait dans les ruches. C’est pertinent de le savoir pour ceux qui ont 2 ou 2000 ruches. »

En 2017, les fondateurs ont toutefois décidé de concentrer leurs efforts sur l’agriculture commerciale, sachant qu’un tiers des cultures dépendent de la pollinisation par les abeilles et en constatant qu’il y avait de 25 % à 40 % de pertes de ruches par année. « C’est dû à différents facteurs qui se combinent », dit Marc-André Roberge. La manière dont on fait de l’agriculture, le fait que les abeilles soient exposées à divers pathogènes chimiques, que parfois il n’y ait pas de diversité de fleurs (monoculture), les changements climatiques... « De grosses sécheresses, par exemple, peuvent affecter la santé des ruches, poursuit M. Roberge. Il y a un terrain propice pour que les maladies et les parasites se propagent et tuent les ruches. Les actions doivent être faites en fonction de l’environnement et non du calendrier de pollinisation. Les apiculteurs sont au premier rang pour voir ce qui se passe, mais ne sont pas équipés pour mesurer les effets de ces changements ou conditions pour optimiser leurs ruches. »

Innovation

Grâce à BeeTrack, l’apiculteur peut avoir le taux de mortalité dans les colonies et les actions prises sur les ruches. « Sur l’application, on peut faire le suivi des ruches dès qu’elles sont bougées. En plus des emplacements, on peut enregistrer le type de génétique de la reine, le type de nutrition, le moment de traitement pour les parasites, énumère Marc-André Roberge. C’est un produit pour la pollinisation migratoire. Or, les ruches suivent souvent les mêmes routes dans l’année. La traçabilité permet de savoir quels emplacements sont plus nocifs que d’autres. »

PHOTO FOURNIE PAR NECTAR TECHNOLOGIES

Nectar a rendu sa technologie plus facile à utiliser pour les apiculteurs avec BeeTrack.

L’innovation se situe sur le plan de la traçabilité des ruches, qui peuvent se mélanger d’un endroit à un autre. « Cependant, on essaie de ne pas trop innover, admet Marc-André Roberge. C’est une industrie qui part du papier-crayon à la numérisation ! Généralement, deux outils sont utilisés : le tableau blanc, où tous les ruchers sont listés avec les actions prises, à prendre et qu’on efface au fur et à mesure ; et des cartes physiques, pour savoir où sont les ruches et les routes à prendre. On a numérisé ces deux outils. »

Nectar, qui a rendu sa technologie plus facile à utiliser pour les apiculteurs avec BeeTrack, a investi près de 7 millions de dollars dans l’entreprise jusqu’à présent pour outiller les apiculteurs. La jeune pousse vient de conclure une ronde de financement privé de quelques millions de dollars. Elle compte parmi ses investisseurs Le Fonds pollinisateur de Telus pour un futur meilleur. « On travaille sur la prédiction de la mortalité en fonction des actions faites. Les apiculteurs pourront mieux planifier leur prochaine saison, le nombre de ruches disponibles par exemple », dit Marc-André Roberge.

Avenir

Aujourd’hui, Nectar Technologies a 100 000 ruches, dont 50 000 sont surveillées en temps réel en Amérique du Nord. L’objectif est d’avoir 300 000 ruches surveillées pour la saison 2022-2023.

Comment arriver à un tel chiffre ? « En faisant partie de l’industrie, répond Marc-André Roberge. On a fait des conférences majeures en Amérique du Nord. C’est une industrie de relations et de confiance, de références par les pairs. Avec 40 % de perte de ruches par année, les gens se tiennent. Ils ont le même but. Il y a tellement de demandes pour des services de pollinisation. »

Les partenariats avec les universités sont un autre vecteur de croissance. « Les données, qu’on va chercher en grande quantité, sont intéressantes du point de vue de la recherche. On a développé des partenariats avec le Centre de recherche en santé animale à Deschambault, Agriculture Canada et l’Université de l’État de Washington. »

S’équiper de l’application BeeTrack coûte de 2 $ à 3 $ par ruche. « C’est une première année de déploiement pour nous. On a commencé à voir des résultats où on voit des corrélations, des patterns clairs, dit Marc-André Roberge. Dans les prochaines années, on aura une vraie étude de cas. Au Québec, on a vu qu’une certaine génétique de reine ne performait pas. Dans certaines cultures, on se rend compte qu’il y a des champs plus nocifs que d’autres pour la santé des abeilles. Est-ce que je ramène alors mes ruches à tel endroit ? On peut se poser plein de questions. »